Archive pour 25, septembre, 2006

La légende de Gros Gris - chapitre III

Publié dans Nouvelles le 25, septembre, 2006 par figaro

Chapitre III – La rencontre

Les jours s’écoulèrent paisiblement dans le petit bois. L’automne approchait à grand pas et la corvée de bois occupait Vincent durant la majeure partie de la journée. Les visites étaient rares et il passait ses soirées à améliorer le chalet et le préparer en vue de l’hiver qui est particulièrement rude dans ce coin de pays. Entre les vents parfois violents et une quantité de neige exceptionnelle il devait s’assurer d’avoir assez de bois pour se rendre en mai, retour des beaux jours et des températures plus clémentes.

Il avait remarqué plusieurs fois un drôle d’écureuil d’apparence sale qui l’observait du haut des arbres ou simplement au pied de ceux-ci. La petite bête pouvait passer des heures sans bouger à le regarder fendre le bois. Parfois elle s’éloignait en grognant et en émettant ce son particulier qui ressemble à un croisement entre le son d’une bouilloire et d’une crécelle. Vincent n’y portait pas plus d’attention qu’il fallait car après tout, il était un intrus dans ce havre de tranquillité et mis à part sa croisade pour épurer le chalet des bestioles, il laissait les animaux en paix. Un jour il laissa sa hache sur la galerie et rentra soigner une entaille qu’il s’était fait au pied en essayant de fendre une bûche d’érable plus coriace que les autres. La blessure n’était pas profonde mais il fallait quand même la désinfecter. L’heure tardive lui fit oublier ses outils dehors et après un bon souper constitué de pain, de soupe aux pois et de jambon, il s’allongea et sombra dans un sommeil profond.

Le lendemain lorsqu’il repris ses occupations il se rendit compte que quelque chose avait grugé le manche de sa hache et qu’il ne restait plus qu’un moignon de bois à quelques centimètres de la lame. Furibond il se mit à jurer en lançant le reste du manche dans les bois. Il entendit une plainte venant de la direction où le manche était tombé mais sans y porter attention il partit au village pour remplacer son outil. Il revint quelques heures après, s’étant arrêté au Café des Artistes pour prendre le pouls du village. Il en profita pour vider quelques bières en compagnie du Gros Ménard, un fier à bras du coin reconnu pour une force physique inversement proportionnelle à son conscient intellectuel. Le gros Ménard allait souvent à la chasse à l’orignal et lui vendit pour deux bouteilles de Molson, quelques kilos de viande de son dernier trophée.

Sa viande sous le bras et son nouveau manche de hache dans l’autre main il tituba jusqu’à la forêt. Prenant quelques branches dans la figure qu’il balayait de la main en grognant, il fit un arrêt respectueux devant la petite statue de St-François-d’Assise et repris sa route en direction du chalet. À défaut d’avoir un réfrigérateur, il pris soin d’emballer le morceau de viande soigneusement dans du journal, la ficela pour ensuite la suspendre à l’extérieur sur la galerie, bien hors de portée des animaux qui s’en auraient sûrement régalé.

Il se leva le lendemain avec un sourire aux lèvres et l’eau à la bouche. Ce soir il ferait un feu énorme composé de brindilles et de fines branches de pin. Il attendrait que les braises soient bien rouges pour y déposer une tranche bien grasse de viande d’orignal. Pour les connaisseurs en matière de viande rouge, l’orignal est particulièrement savoureux. S’apparentant plus au cheval qu’au boeuf, sans goût prononcé comme beaucoup de gibiers, il fond dans la bouche lorsque cuit de la bonne manière. Vincent avait hâte à ce soir mais déchanta vite lorsqu’il sorti à l’extérieur. Il n’y avait plus rien au bout de la ficelle. Le journal imbibé de sang était au sol, déchiqueté et éparpillé aux quatre vents. Son premier réflexe fit de regarder dans tous les sens dans le but d’apercevoir peut-être le coupable roter dans un coin. Il soupçonna le curé mais vit l’écureuil, son écureuil sur une branche en face du chalet qui émettait un drôle de son ressemblant à une espèce de rire guttural.

Vincent fit volte face, entra dans le chalet en ouvrant la porte d’un coup de pied pour y chercher son fusil de calibre 12. Il tira en direction de l’écureuil qui disparut dans les bois. Après quelques ‘’tabernacles’’ bien placés il remis de l’ordre devant le chalet et alla fendre quelques cordes histoire de faire passer son ire. Leur premier contact fut brutal et ‘’Gros Gris’’ comme il le surnomma devint rapidement un élément perturbateur de taille. Il revenait tous les soirs fanfaronner devant le chalet, passant devant les fenêtres, grattant les murs, faisant tomber des glands sur le toit ou simplement en le narguant de loin lorsqu’il était occupé à l’extérieur. Cet écureuil était casse-pieds un point c’est tout.

Le dimanche était journée sacrée dans le village. Les habitants, fidèles chrétiens respectaient les traditions catholiques et la majorité des commerces étaient fermés. Les cultivateurs n’allaient pas au champ et les gens se réunissaient en famille pour le repas du soir. Vincent en profita ce soir là pour aller chez Madame Simard, qui ne refusait jamais un couvert de plus à sa table. Après un copieux repas bien arrosé il revint au chalet et fit un grand feu à l’extérieur. Il sorti son banjo et joua jusqu’à l’aurore, accompagné de la valse des chauves-souris et du hululement lointain des hiboux…

À suivre…

La légende de Gros Gris - chapitre II

Publié dans Nouvelles le 25, septembre, 2006 par figaro

Chapitre II – L’intrus

Au cours des années 50, un immigrant Suisse y avait bâtit une petite maison de bois. Rustique et dépourvue de commodités elle resta à l’abandon durant nombreuses années. Elle devint le domicile de plusieurs petits rongeurs tel une épave envahie par les créatures marines. Plusieurs années s’écoulèrent avant qu’elle ne repris vie. Au cours des années 90, Vincent un étudiant désabusé, petit neveu par alliance de l’immigrant vint s’y établir pour fuir le rythme effréné de la grande ville. Petit paradis en soi, elle offrait la possibilité d’y vivre en ermite tout en offrant les commodités du village à quelques minutes de marche. Quelques clous et un peu de peinture suffirent pour lui redonner vie.

Le plus ardu fut du chasser les locataires à quatre pattes. La résistance fut assez forte en général. Les chauves-souris quittèrent à son arrivée. Les mulots refusèrent d’abandonner le confort du petit chalet et la cohabitation fut possible après quelques mois. Les insectes eux ne se soucièrent pas trop du nouveau venu sauf les moustiques qui sabrèrent le champagne pour l’occasion. Enfin un épiderme accueillant se dirent-il.

La situation se corsa lorsqu’il vint le temps de se débarrasser des écureuils qui avaient élu domicile dans l’entre toit. Il utilisa d’abord le balai, frappant le plafond afin de leur faire peur, ce qui ne donna aucun résultat apparent. On les entendait toujours gratter ou se battre entre eux pour les provisions. Chaque nuit le bal recommençait. Vincent essaya de les chasser employant la méthode utilisée à Montréal pour nettoyer les stations de métro des ‘’squeegees’’ ; en laissant jouer du Puccini à tue-tête pendant des heures sur sa vieille radiocassette pourrie. L’effet produit n’étant pas celui escompté il essaya Claude François mais sans succès apparent. Il attira plutôt quelques grand-mères autour du chalet et dû y remédier en jouant l’album Mob Rules de Black Sabbath… Le vide se fit rapidement dans la forêt à grande satisfaction. Les écureuils par contre n’avaient pas bronché.

Il eut l’idée d’enfumer les récalcitrants. À l’aide de branches de pin fraîchement coupées et d’écorce de bouleau il alluma un grand feu à proximité du chalet en tenant compte de la direction du vent. Le chalet fut rapidement envahi par une épaisse fumée blanche. Il vit quelques rongeurs quitter en hâte. D’autres sortaient le museau pour prendre connaissance de la situation, ne semblant pas trop affecté par l’épais nuage odorant. Cette nuit là il dormi tranquillement, bercé par les seuls bruits de la rivière et du vent dans la cime des arbres…

À suivre…