Archive pour janvier, 2007

Bruce Willis vs la réalité…

Publié dans Uncategorized le 23, janvier, 2007 par figaro

Aujourd’hui je suis allé en cours criminelle. Non pas comme accusé mais comme témoin (je tiens à le préciser…). Rien d’extraordinaire en soi mais en y réfléchissant bien, il y a une aspect sous tout ça qui perturbe. 

On s’imagine parfois comment on réagirait dans une situation de danger. On regarde un film ou l’on voit des gens dans une banque, couchés sur le sol sous la menace d’une arme quelconque. On rit, on les traite de lopettes, on se voit brandir fièrement le bouclier de la justice dans la face des malfrats, l’oeil aguerri et le jarret tendu, prêt à bondir…Souvent on ne prend pas au sérieux ce que les gens peuvent vivre. Comme quoi tant que l’on n’a pas vécu de situation similaire il est impossible de savoir de quoi il s’agit. Oubliez Vin Diesel, Bruce Willis ou Steven Seagal. Oubliez tout ce que vous avez pu imaginer. Lorsqu’on devient la proie on n’a qu’une chose en tête; la survie. La survie par l’obéissance et en espérant que notre bonne étoile n’est pas partie en pause repas. 

La mienne fait du surtemps. Comme ce fameux soir de novembre 2005 ou mon féal cousin et moi-même, seuls clients d’une taverne sur le point de fermer, étions cloués sur le sol avec un calibre 12 derrière la tête. Encore là ça passe. Un congé, une petite thérapie et hop! C’est le retour en grande forme. Ça devient plus compliqué lorsqu’à deux mètres de ça un vieillard se fait ouvrir le crâne d’un coup de crosse et qu’on entend ses râles et sa plainte gargouillante de sang se perdre aux quatre coins de l’établissement. L’impuissance, l’impuissance totale. Celle qui provoque la honte la plus insoutenable lorsqu’on s’aperçoit que si nous avions eu la moindre fibre de Willis et compagnie nous n’aurions pas laissé faire ce crime horrible. Tout ça pour une poignée de dollars ensanglantés. 

Une fois que les mécréants eurent quitté l’établissement ce fut l’état de choc. L’adrénaline nous a donné la force nécessaire pour intervenir. Moi aux premiers soins, Jean-Philippe au contact d’urgence. Je me revois assis sur le sol souillé tenir la tête de ce vieil homme incohérent et à demi conscient. Des billets de banque et de la monnaie éparpillés sur le sol, et quelques chaises renversées. Sa tête n’était plus qu’un ballon crevé, difforme et sanglant. Mes bras jusqu’au coude étaient rouge. Silence total. La première personne qui est entrée était Denis, du restaurant d’en face. Il était calme, moi aussi. On a parlé doucement, de rien. Il m’a tendu une serviette propre, je l’ai remercié… 

Voilà que tout ce temps après, le troisième individu décide de changer d’avocat à la dernière minute. Non coupable, il se dit. Non coupable d’être rentré dans un commerce cagoulé et armé, non coupable d’avoir séquestré deux innocents buveurs de bière et d’avoir battu presque à mort le tenancier de 76 ans. Non coupable d’avoir sûrement eu une enfance de merde. D’avoir un problème de dépendance. De n’avoir jamais reçu d’amour parental? 

Qu’aurait fait Bruce Willis dans une situation semblable. Eh bien il aurait sûrement chié dans son froc et aurait imploré pour sa vie. Tandis que pour nous ça continue, la vie…

Tribulations d’un ancien marin

Publié dans Uncategorized le 16, janvier, 2007 par figaro

Goubliboulga illustre des photos d’enfants d’amis bloggeurs. J’ai eu le privilège d’en faire parti. Vous pouvez aller y jeter un coup d’oeil ici.

Merci Goubli pour ton crayon magique, je te promet un conte bientôt!!!

Concombres de mer et autres curiosités…

Publié dans Nouvelles le 1, janvier, 2007 par figaro

Hier j’ai effectué un retour en arrière. Comme à tous les ans, j’essaie de me rappeler des moindres détails de ma vie et ce afin de ne pas les oublier. Je scanne le disque dur de ma mémoire afin de trier le moindre souvenir. Les bons et les moins bons moments sont revus, analysés, triés. Parfois des mauvais peuvent être reclassés du côté des bons et vice versa. Je place rarement des objets dans ma corbeille car tout doit être dans un ordre précis et ce dans le but de me faire avancer dans la vie sans refaire les mêmes erreurs.

Certains souvenirs datent de 1972, soit à mes trois ans. Des images de mon parc sur la rue Roi à Sorel. Mes jouets, dont une rutilante voiture rouge à pédale avec des fleurs collées dessus, bien oui, il y avait des hippies dans ma famille. Certains oncles disparus ou certaines blondes de ces certains oncles, visages anonymes qui buvaient riaient et discutaient ensemble lors des fêtes de fin d’année.

Un tiroir pour chaque chose. Les gens : la famille, les copains, les copines, les blondes (en deux catégories, les fines et les moins fines) et les inconnus aux visages familiers. Les lieux : Maisons dans lesquelles j’ai grandi, les boisés où on s’amusait, les plans d’eau, les villes, les montagnes, les forêts, les grands espaces vides. Le tiroir le plus désordonné : Les moments difficiles, les choses tristes (avec sous menu car certaines personnes y ont des archives détaillées).Le tiroir le plus propre : les évènements heureux, les amis les conquêtes amoureuses, etc. Et en faisant le tour de tout ça je me suis rappelé une BD que j’ai lue en 2006. Il est vrai que plus on est petit, plus tout nous paraît grand, et vice et versa.

Exemple; je me rappelle qu’à mes premières excursions à vélo, je m’étais fixé comme but ultime de me rendre seul au dépanneur afin de me réapprovisionner en bonbons divers. Le dépanneur était à environ 200 mètres de la maison mais y aller signifiait sortir de la zone de confort familial et traverser la rue des Grand Bois, artère interminable qui se perdait à l’infini au-delà de la forêt inconnue (qui n’était qu’en fait un boisé de 100 mètres carrés que je n’avais jamais osé explorer auparavant). Après une vérification mécanique de mon CCM vert à siège banane couleur jaune « metalflake » je me rappelé avoir pédalé comme un fou et de m’être brusquement arrêté au coin de la rue des Grands Bois.

Horreur absolue, je devais passer devant la maison des frères Chénier, mes ennemis jurés qui devinrent plus tard de fidèles et irréprochables amis. Les Chénier empêchaient quiconque de la portion Sud/Est de la rue des Sables de passer et d’aller s’approvisionner au « p’tit magasin ». Pluie de cailloux, tir de fronde, tir à la carabine à air comprimé (les Chénier possédaient la technologie). Bref, l’aventure était d’autant plus périlleuse qu’il fallait passer cette barrière sans perdre la face devant la belle Nancy, qui habitait l’avant dernière maison de la portion Sud/Est. Repartir la queue entre les jambes et revenir bredouille du dépanneur signifiait la honte et le déshonneur.

Bravant les Chénier qui s’activaient déjà sur leur pelouse à mon approche je me suis lancé à tombeau ouvert sous une pluie de roche et d’insultes. Quelques instants après ; la victoire, j’atteignis le dépanneur sans trop de blessures. Ecchymose sur la cuisse, rien de grave. Mon vélo avait encaissé le plus, le métal apparaissait sous la couche de peinture verte à certains endroits. Rien de grave. Triomphant j’entrai dans le « p’tit magasin » pour m’apercevoir qu’en pédalant comme un forcené, les 25 sous que j’avais en poche en étaient sortis à un moment donné.

La honte. Il fallait que je refasse le voyage en sens inverse. Je décidai donc de passer par la rue des Bouleaux mais cela signifiait faire un détour dans un territoire totalement inconnu. Les enfants de la rue des Bouleaux avaient une sale réputation de tortionnaires et les histoires de mon frère me glaçaient le sang. Entre autre une histoire de « bedaine rose » mortelle. La bedaine rose, était sûrement à l’origine un supplice asiatique. Il s’agissait de retenir à plusieurs la victime au sol alors qu’un bourreau lui soulevait le t-shirt afin de frapper à répétition le gras du bedon jusqu’à ce qu’une rougeur apparaisse. Le petit Grenon était tombé sous l’emprise du clan des Gariepy et ne s’en était jamais complètement remis. Peu importe, j’envisageai quand même d’y passer au risque de revenir avec un nombril écarlate. Cela valait mieux car les Chénier avaient rallié des forces externes.

Je parti donc vers le Nord/Ouest, vers le boulevard Gagné, triste et humilié d’avoir échoué si lamentablement ma mission. Je serais dorénavant la risée de la portion Sud… Une fois rendu au coin du boulevard, je vis pour la première fois le grand chêne qui trônait à l’intersection. Il appartenait aux enfants du coin Nord de la rue des Sables. Plus vieux que moi, il fallait garder ses distances de ce groupe quoi qu’il fût facile d’éviter les affrontements. Il suffisait de ne pas établir de contact visuel, mon frère m’avait dit. Toujours est il que ce matin là il n’y avait personne sur les lieux. En tournant vers la rue des Bouleaux j’aperçus nombres d’enfants, garçons et filles qui jouaient un peu partout. Plusieurs avaient mon âge. Je me retrouvai à circuler dans ce territoire inconnu comme l’astronaute dans le premier Alien alors qu’il découvre les œufs… Les enfants me regardaient, immobiles. Ils étaient aussi surpris que moi. Un étranger, un nouvel enfant, ami ou ennemi? Je passai sans problème, même devant les Martel qui, j’appris plus tard, étaient les cousins des Chénier. Arrivé à la rue des Grands Bois je tournai à gauche et à droite sur la rue des Sables, hors de portée du tir ennemi…

Les années passèrent et mon territoire connu s’agrandit. Quartier, ville, province, pays, continent. À l’âge de 19 ans je m’engageai dans la marine militaire et je commençai à découvrir d’autres pays, d’autres cultures d’autres amis. La terre commençait à rapetisser, j’étais loin de ma première expédition au dépanneur du coin. Malgré l’enfance qui m’avait quitté depuis quelques années je ressenti le même phénomène lorsque je me retrouvai en mer. Tout devient petit lorsqu’on est grand. Tout sauf la mer. Lorsqu’on est dessus, on a l’impression d’être dans l’espace. L’espace bi dimensionnel. Seul la trajectoire horizontale compte. Aucun repère lorsqu’on est au beau milieu de nulle part. Est-ce pour cette raison qu’on l’appelle la mer? Est-ce une allusion, une métaphore à notre lien maternel? N’est-on pas infiniment petit à côté de notre propre maman?

Bref, quand on est en mer, on perd la notion de l’espace. Avec cette perte de notion d’espace s’accompagne une perte de notion de temps. Avec cette perte de notion de temps s’accompagne une perte de notion de soi. On oublie qui on est, on oublie pourquoi on est et surtout comment on s’est retrouvé là… Il y a une période que je classe à part dans mon disque dur. Celle-ci. Celle ou j’ai passé le plus clair de mon temps à l’obscurcir parce que je ne savais plus qui j’étais, parce que j’étais toujours parti, en quête de rien sur l’océan. Une période qui m’a fait grandir tout en amenuisant mon appétit pour les grands espaces. Une période qui m’a fait revivre mon enfance en mode accéléré, une période sûrement vécue dans une vie parallèle. Un monde maritime, dans lequel je me retrouvais dans la chaîne alimentaire de ce merveilleux biotope. Un figurant au royaume du roi Neptune? D’abord et avant tout, oui…

Prise de conscience volontaire ou non, je me retrouve avec ces souvenirs tout en y puisant une grande satisfaction. J’ai vécu, je vis, et encore pour longtemps je pourrai scanner mon disque dur à chaque année. J’ai quitté la mer en 1999, cet amour précieux et indomptable a quitté ma vie en silence. Je garde le souvenir des embruns, des tempêtes, du bruit du ressac sur la coque du navire. Le souvenir de cette période où l’enfance et l’âge adulte s’entrechoquent dans un grand fracas, un chaos électrisé. Transition violente qui s’effectua loin de tous, sur l’océan, témoin solitaire et silencieux de toutes ces larmes d’incompréhension et de colère refoulée. Chaque vague correspondait à une question sur la vie, chaque goutte d’eau à une réponse vague. J’ai trouvé la paix en m’en éloignant, telle une femme qu’on aime trop et qui nous déchire. Je peux donc commencer cette nouvelle année en paix. Paix avec moi-même, les autres et surtout mon passé. Fin des mises à jour…

EDIT: si vous aimez mes textes, vous pouvez aller voter dans la catégorie littérature de ce concours… Merci :)