Archive pour février, 2007

Le bébé vernis

Publié dans Nouvelles le 13, février, 2007 par figaro

Chapitre I

Depuis maintenant 24 heures ils étouffaient dans leur petit logement. Depuis maintenant deux semaines le propriétaire de l’immeuble effectuait des travaux de rénovation dans le petit 4 et demi situé sous eux. Coups de marteau aux petites heures du matin, bruit strident de la scie circulaire, tapage continuel. Maintenant c’était l’odeur nauséabonde des produits employés à la finition. Dans les petites fissures créées par les années de mouvement, par les drains, par les fentes du plancher entrait une forte odeur de vernis. Lorsqu’ils avaient confronté le propriétaire pour se plaindre du bruit et des mauvaises odeurs, il les avait simplement ignoré.

Il n’y avait rien à faire mise à part trouver un moyen de ventiler l’appartement. Difficile sans geler en cette fin février. Quelques fenêtres ouvertes parvinrent à dissiper un peu l’odeur mais elle persistait quand même. Ce soir là était prévue une petite rencontre entre amis. Bien que l’atmosphère de l’appartement s’apparentait plus à celui d’un atelier de peinture automobile ils n’annulèrent pas et les convives se présentèrent comme convenu aux alentours de 18h30.

Soirée bien arrosée, les invités quittèrent un à un, laissant les tourtereaux seul avec Barry Manilow qui se lamentait sur la platine. L’ambiance était à l’amour…

Quelques mois plus tard, l’infirmière avait constaté sur l’échographie un foetus d’apparence normale. Une petite anomalie, une incongruité les avaient fait consulter le médecin de service. Il y avait d’étranges lignes parallèles sur la peau du futur nourrisson.

- Rien de grave, dit le docteur.- Il semble que le développement du bébé soit normal, ne vous inquiétez pas…

Lorsque l’enfant se présenta tête première les médecins eurent un choc, une surprise inattendue. Une belle petite fille toute beige. Beige avec la peau ressemblant à des lattes de plancher, dure comme le bois…

Le premier bébé de bois franc était né. Ils l’appelèrent Maple.

Elle gazouillait constamment, ne pleurait pas trop et mis à part son apparence un peu étrange elle semblait heureuse. L’odeur de vernis qu’elle dégageait s’estompa peu à peu et la petite famille passa la première année sans anicroche. Comme tout bon parents, ils éduquèrent le bébé vernis avec tout l’amour qu’ils disposaient. Son alimentation ne nécessitant pas d’adaptation particulière, sa croissance se fit normalement. Lorsqu’elle était un peu usée sur les genoux et aux coudes ils la faisaient sabler et revernir par le grand-père qui était menuisier.

À l’âge de trois ans elle tomba malade. Les parents consultèrent tous les experts possibles sans toutefois trouver un remède ou une explication à sa condition. La petite Maple ne jouait plus, n’avait plus d’appétit et ne souriait plus. Un jour ils eurent l’idée de consulter un spécialiste de la sylviculture qui leur conseilla de lui administrer une grosse cuillérée de sirop d’érable matin et soir et d’attendre les résultats. Deus semaines plus tard elle reprit goût à la vie et rien ne vint plus perturber son enfance…