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Archive pour novembre 2008

La course – Première partie…

24 novembre 2008 figaro 8 commentaires

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Pour Henriette Jasmin, c’était enfin l’apothéose. Toutes ces années d’entraînement allaient finalement porter fruit. Les dirigeants de l’archevêché de Montréal avaient enfin autorisé l’évènement. Y voyant un excellent moyen d’attirer des foules à l’Oratoire St-Joseph, ils avaient finalement accepté les nombreuses requêtes venant de tous les diocèses de la province.

 

L’évènement était prévu pour septembre.

 

Dans sa résidence de Charny, elle passait plusieurs heures par jour à genoux sur l’escaladeur que son Gontran lui avait offert l’année dernière. Henriette aimait sa routine et son entraînement rigoureux lui permettait de jouir d’un certain prestige lorsqu’elle rencontrait ses pairs. Le dimanche, à la messe de 11h00, on lui demandait comment sa semaine s’était passée, si elle était prête. On lui demandait des conseils culinaires. On l’interrogeait sur ses trucs, ses recettes spécialement conçues en fonction de son entraînement. Comme par exemple, quelle était la mesure idéale de lait condensé pour donner aux pommes de terre pilées, cette divine consistance mousseuse.

 

On la complimentait souvent sur sa ligne, malgré ses 110 kilos. Henriette n’avait plus la taille de ses vingt ans mais son endurance à l’effort et son débit verbal lorsqu’elle priait à haute voix s’était grandement amélioré.

 

La question des commanditaires avait été réglée en 2006 lorsqu’elle fut approchée par les entreprises Réjean Gendron, la compagnie de son frère, plus grand fournisseur en ustensile de plastique de la région métropolitaine. Son “jersey” de couleur jaune arborerait le logo de la compagnie; une fourchette blanche à la verticale sur un fond vert en forme de brocoli. Elle avait choisi le numéro 69, année de naissance de son dernier rejeton.

 

Elle était prête.

 

Dans un gymnase défraîchi de la rue Ontario, Pierrette Bournival s’appliquait à sauter à la corde à danser en écoutant en boucle la chanson Eye of the Tiger du groupe Survivor. Son entraîneur, Roch Chiasson, un fervent catholique venu de Tracadie-Sheila, lui faisait soulever des caisses de poisson congelé dans une chambre froide, la faisait sauter à la corde et répétait sans cesse dans son jargon de l’atlantique qu’il fallait battre la morue pendant qu’à vous regarde. Pierrette avait la rage au cœur. Elle avait perdu la face à la dernière compétition clandestine. Arrivée dernière à cause d’un gravier placé au mauvais endroit, elle n’avait pas pu se hisser à la dernière et deux-cent quatre-vingt troisième marches de l’Oratoire. Elle avait dû déclarer forfait à la marche 124, surnommée La Ste-Blandine.

 

En effet, il était plus simple pour les adeptes de cette discipline, d’identifier les marches par le saint auxquelles elles étaient associées au lieu que par ordre numérique. Cette manière d’identification permettait également de raffermir la foi de ceux qui pouvaient se vanter de connaître par cœur, les 283 saints et leur ordre bien défini. Par exemple, ceux qui se rendaient à la St-Fabien (200ième) sans ampoules étaient considérés comme des pros.

 

Un jour Octave Cournoyer, un dévôt irréprochable s’était vanté d’avoir monté et descendu les marches tout en récitant un chapelet aux dix marches. Il avait selon lui, accompli cet exploit en seulement douze heures. Il fut contesté et humilié lorsqu’Huguette Poitras l’avait questionné sur le nom de la marche à partir de laquelle il avait récité son 92ième pater. Ne sachant pas répondre il avait quitté la chorale et fut remplacé par son pire ennemi, Gustave Painchaud qui avait le plus beau Minuit Chrétien de la région.

 

Au matin de la compétition, Henriette fit sa toilette et récita un rosaire devant le miroir. Top-chrono : trois minute vingt. Elle avait la forme. Ses genoux avaient été aux petits soins durant les derniers jours. Le docteur Gauthier, ami de la famille depuis 1954, lui avait administré une injection de gel dans chaque ménisques pour lui procurer une lubrification supérieure. La glucosamine faisait partie de son menu de suppléments quotidiens. Elle enfila son jersey et embrassa son Gontran qui lui donna sa trousse de compétition : Un chapelet en résine, une bouteille d’eau, une serviette et une bible.

 

Henriette était prête.

 

À la station Côte des Neiges, Pierrette qui se remettait d’une grippe, fumait une Craven « A » Menthol en visualisant sa victoire. Son conjoint Ti-Guy lui avait conseillé des cigarettes à la menthe pour favoriser sa guérison et ouvrir ses bronches. Elle avait mis son t-shirt West Coast Chopper à défaut d’avoir un commanditaire. La compagnie de tabac House of Craven n’avait pas voulu investir dans cette course et ce refus avait blessé Pierrette dans son amour propre. Tant pis, elle irait habillée comme à tous les jours. Toutefois, elle avait pris soin de porter un legging en spandex qui, sans rendre grâce à sa silhouette bovine, lui procurerait la célérité nécessaire au moment voulu.

 

À suivre…

 

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Le scaphandrier…

4 novembre 2008 figaro 5 commentaires

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Ce matin, je suis sorti de chez moi et me suis dirigé vers le parc sans nom sur Hochelaga, près de la station Joliette.

 

Étrangement, ce parc est le seul à ma connaissance dont les arbres sont encore feuillus à ce temps de l’année. Les essences de peupliers et d’érables centenaires sont prédominantes dans ce modeste quadrilatère de verdure. Quelques bancs mal entretenus comme des épaves pour fessiers sont parsemés un peu n’importe comment. Les chemins asphaltés forment un parcours qui mène nulle-part. On se demande à quoi les urbanistes ont pensé mais en même temps ça rend le parc unique en son genre.

 

La première fois que je m’y suis rendu, il pleuvait, c’était en août et j’avais été étonné par la densité de la verdure. Un vert si sombre qu’il devenait noir aux premiers instants du crépuscule. Accompagné encore une fois par Pat (Metheny) je m’y suis arrêté pour faire mon grand ménage intérieur.

 

Tout d’abord j’ai ouvert ma boîte crânienne et j’ai tiré bien fort sur mon cerveau en prenant soin de ne pas perforer le cortex de mes doigts. En tirant vers le haut, j’ai pu le dégager aisément suivi du cervelet et du cordon médullaire. En le prenant à la base du cordon, je l’ai frappé à quelques reprises sur un arbre afin de bien le dépoussiérer. Vous devriez voir la quantité hallucinante de poussière que peut contenir un cerveau encrassé! Le nuage qui s’en est dégagé au premier coup me fit tousser comme un charbonnier.  Un passant, surpris de me voir agir ainsi, m’imita après quelques minutes. Une fois terminé et après un “thumbs up” dans ma direction il continua son chemin l’air léger et serein.

 

Une fois la tâche accomplie j’ai remballé le tout en prenant soin d’éviter les plis (car ça peut avoir de fâcheuses conséquences). J’ai ensuite ouvert ma cage thoracique, opprimée par une boule en plein centre dont j’ignore la nature.

 

À première vue, cette masse située entre les poumons et le diaphragme semblait étrangère à mon corps. Compacte, dure et noire, elle ressemblait plus à une de ces bombes dans les films muets, quand le piano s’emballe et que le méchant moustachu en redingote s’apprête à commettre quelque chose d’odieux. Je l’ai retirée doucement.

 

Après un bref examen du bout du pied, je l’envoyai au bout du parc avec l’un de mes fameux bottés d’envoi que je réserve d’habitude aux sacs à ordures de mes adorables voisins/junkies ou aux postérieurs virtuels de ceux qui ont la fâcheuse habitude de me faire sortir de mes gonds. De toute évidence, je n’ai pas besoin de cette boule car je me sens déjà mieux.

 

Quel bonheur, je respire à nouveau. Non mais j’avais l’impression de vivre en apnée.

 

En levant les yeux vers le pâle soleil de novembre, j’eus droit à un bienfaisant rayon qui de sa timide chaleur, vint répondre à la question que je me posais depuis bien longtemps: Oui, je suis vivant!..

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