Le Bonhomme Rondelle…

19, octobre, 2007 at 7:17 | In Nouvelles | 7 Comments

En 1801, dans le village de Baie-St-Paul, naquit Gabriel Cimon, un petit garçon comme les autres en apparence, à l’exception d’une rare maladie de l’humeur qui se révéla durant son enfance. On raconte qu’un jour, accompagnant sa mère à la cueillette de baies sauvages, un ours les attaqua et sa mère fut tuée.

Un shaman avait expliqué au père, que l’ours avait dû jeter un sort sur le jeune garçon car depuis la tragédie, lorsqu’il se mettait en colère, son corps se séparait en tranches de différentes épaisseurs. Chacun de ses membres se fractionnait en au moins cinq sections et son torse se divisait en parties plus ou moins égales. Sa tête pouvait même se séparer de son corps à l’apogée de la crise mais cela ne fut observé qu’une seule fois. Selon le shaman, cette condition pouvait être attribuée aux griffes d’un ancien sorcier revenu d’outre-tombe sous la forme du grand carnassier.

Depuis la tragédie, il passait la majeure partie du temps avec sa grand-mère qui l’éduqua et qui lui jouait du violon pendant les longues soirées d’hiver. Car à Baie-St-Paul, on ne sortait pas la nuit. Les loups et le froid gardaient les habitants à l’intérieur. Heureusement pour tous, Gabriel Cimon ne se fâchait presque jamais en public. Il savait que les conséquences pouvaient être désastreuses. Surtout lorsqu’il ventait.

Durant l’automne de 1824 alors qui s’affairait à réunir les éléments requis pour faire une bonne soupe, il eut une altercation avec le poissonnier en plein marché. L’escarmouche dégénéra au point qu’il se sépara en rondelles devant une foule épouvantée. Il y eut alors une légère brise et il perdit une tranche de sa jambe gauche qui finit sa course sur l’étal du boucher. Celui-ci réputé pour être un peu myope, avait assaisonné et tranché ce morceau de viande apparut sur son étal comme par enchantement, croyant qu’il s’agissait d’un gigot laissé là par sa femme. Depuis cet incident, Gabriel Cimon boitait et avait son handicap en horreur. Afin de taire l’histoire, son père l’envoya étudier le violon à Montréal, chez un certain Monsieur Dupuis, virtuose français à la retraite.

Il s’agissait d’une connaissance d’un oncle lointain du côté des Boivins, la famille de sa défunte mère. Il y apprit l’art de la musique tout en apprenant la gastronomie. Monsieur Dupuis avait un programme d’étude intensif basé sur l’amalgame de l’ouïe et du goût. De cette manière l’apprentissage du violon fut combiné à de hautes études culinaires, et en particulier, l’art de la charcuterie. L’apprentissage se faisait avec une rapidité fulgurante grâce à l’idée novatrice du maître, d’associer le solfège aux ingrédients de la table. Gabriel pouvait composer une sonate et un repas complet en l’espace d’une après-midi, au grand bonheur de son Maestro. Il était aussi habile en cuisine qu’avec le violon. Sa gourmandise excessive fit de lui un virtuose de la gastronomusicologie en un temps record. Il revint quelques années plus tard chez lui et heureusement, la plupart des habitants de Charlevoix avaient oubliés l’histoire de celui qu’ils avaient surnommé à l’époque Le Bonhomme Rondelle.

Il devint rapidement le meilleur charcutier de Charlevoix. Ses saucissons avaient une excellente réputation, spécialement celui qu’il avait baptisé « le Boiteux », une espèce de saucisson sec un peu biscornu au parfum étrange et envoûtant. Personne ne savait par quel procédé il arrivait à ce résultat. Il devint rapidement la coqueluche de tous les banquets, noces, réunions mondaines etc. Gabriel Cimon était un passionné. Il ne se séparait jamais de son violon ainsi que de son grimoire de recettes. Il passait ses journées entières à rêver d’une carrière dans Les Europes. Durant toutes ces heures à travailler comme un moine il revoyait mentalement les gammes, les arpèges si compliqués qu’il avait apprit avec M. Dupuis. Il allait à la messe chaque dimanche matin et était très discret de sa personne. Les enfants le considéraient d’un drôle d’œil car il était toujours vêtu de noir avec un étrange bonnet en mouton de perse qu’il avait sûrement acheté lors de son séjour à Montréal. Une rumeur s’installa peu après son retour. On dit l’avoir aperçu à plusieurs reprises rôdant la nuit dans le petit boisé bordant la rivière, près du centre du village et du cimetière. On dit qu’il travaillait alors sur la cueillette des herbes dont il avait besoin pour ses saucisses mais on comprenait difficilement pourquoi il faisait la cueillette en pleine nuit. On le questionna un jour sur le sujet et Gabriel se mis dans tous ses états.

Sa crise ce jour là fut si terrible qu’il se sépara et mis au moins deux heures avant que tous ses morceaux se remirent en place. Heureusement pour lui il était dans sa boutique. Il n’eut aucune difficulté à se regrouper. Il n’aimait pas rendre des comptes. Il aimait la musique et la charcuterie, et n’avait aucun autre attrait pour quoi que ce soit d’autre. Il ne s’intéressait pas aux dames au grand désespoir de son père, Xavier Cimon qui ne vieillissait pas très bien.

Le père Cimon avait jadis combattu les Anglais et était revenu au village dans une charrette tirée par son ami et frère d’arme Philémon Simard. Il avait perdu une oreille, un œil, un bras et une jambe, tous du même côté sauf l’oreille qu’il avait perdu lors d’un pari. Les soldats du Roy étaient sans pitié et leurs jeux étaient parfois cruels. Maintenant que sa vie tirait à sa fin, il voulait que son fils trouve une épouse afin de continuer la lignée mais Gabriel avait d’autres projets. L’entêtement de son paternel et sa boiterie l’empêchaient de réaliser son rêve. Xavier était un homme de fer, têtu comme une mule et surtout fidèle aux traditions. Son fils devait avoir des enfants légitimes. Il y avait un problème : Le manque de demoiselles dans Charlevoix.

Il y avait qu’une une célibataire en âge de se marier; la fille du vieux Philémon ; Zéphise Simard. On la surnommait « l’horreur du Bas de la Baie » car elle était si laide que les parents n’avaient qu’à mentionner son nom pour que les enfants aillent se coucher en frémissant. Elle était tellement maigre qu’on voyait à travers ses bras et son cou quand on la regardait à contre-jour.

Elle avait été belle jadis et voici ce qui circulait à ce sujet : Une vieille dame aurait offert à Philémon une grosse somme d’or en échange de la belle Zéphise voilà maintenant quelques années. Elle voulait s’en servir comme esclave pour ensuite la manger. Philémon se fâcha, lui trancha la tête de sa bêche et l’enterra dans le jardin. L’histoire ne raconte pas ce qu’il fit du reste du corps. Il en aurait nourri ses cochons si on se fie aux dires du jeune Victor la fouine, fils du voisin. Et c’est en se nourrissant de légumes de ce jardin que la belle Zéphise devint ce qu’elle est aujourd’hui; une espèce de goule répugnante, putrescible et osseuse. Philémon voulait à tout prix marier sa fille et la dot qu’il offrait était très alléchante mais nul n’osait s’en porter garant.

Un matin d’avril alors que Gabriel était occupé à nettoyer des intestins de porc, son père poussa un hurlement accompagné d’un râle qui réveilla la moitié de Baie-St-Paul. Les jours du père Cimon étaient comptés. Sachant que sa liberté viendrait plus tôt que prévu, Gabriel décida de réaliser le rêve de son père et entreprit, à la surprise générale, de demander la main de Zéphise. Inutile de vous mentionner qu’elle accepta même si Gabriel n’était pas non plus le meilleur parti en ville, mais elle aimait beaucoup la saucisse. Gabriel, lui, savait très bien que la dot de Zéphise pourrait financer son rêve. S’unir à l’horreur du Bas de la Baie semblait une bien piètre punition en comparaison au reste de son existence à Baie-St-Paul. Les noces furent célébrées le jour suivant l’annonce du mariage.

La famille Simard arriva en grande pompe et les seuls représentants de la famille Cimon furent Gabriel et son père, comme à l’habitude harnaché dans sa vieille charrette, poussée par Victor la fouine. La cérémonie fut de courte durée. Aussitôt les vœux échangés, le père Cimon poussa un dernier râle devant l’assistance médusée et s’affaissa dans son siège. On suggéra de célébrer ses funérailles en même temps que le mariage afin d’économiser, ce qui sembla faire l’affaire de tous. On laissa alors le défunt assis à la place d’honneur en prenant soin de lui verser un peu de caribou dans la bouche de temps à autre. Son voyage vers l’au-delà sera certainement plus agréable ainsi. Gabriel lui, n’attendait qu’un seul moment, que le vieux Philémon lui présente la dot de sa fille.

Vers la fin du banquet il vit surgir le vieux avec une carriole tirée par deux bœufs contenant une immense malle. Philémon arborait un sourire qui laissait entrevoir une ou deux dents brunies par les années et la mauvaise alimentation composée presque uniquement de navets bleus et d’alcool frelaté. Il était très fier d’avoir finalement marié sa fille au fils de son meilleur ami. Gabriel s’approcha pour jeter un coup d’œil sur le fardeau. Une fois la malle ouverte, il n’en crut pas ses yeux, il y avait dans le coffre une quantité d’or suffisante pour faire plusieurs fois le tour du monde.

Gabriel savait que le vieux Philémon avait quelques secrets mais n’imaginait jamais qu’il avait accumulé un pareil trésor dans son vieux hangar. On murmura dans la foule qu’il s’agissait sans doute de la somme prévue par la sorcière pour l’achat de sa fille du temps qu’elle était jeune et jolie. Peu importe, maintenant cet or lui revenait de droit. Toutefois, Philémon imposa ses condition ; Il demandait que sa fille soit engrossée avant l’été et que ce fils (car ça serait un garçon, grâce à une concoction de plantes bouillies et de champignons écrasés) fut baptisé Xavier Simard en souvenir de son défunt ami. Gabriel ne pouvait concevoir de passer une seule nuit avec celle qui faisait fuir les hommes les plus aguerris mais l’appât du gain lui fit entendre raison.

Ce soir là Zéphise s’était parée de ses plus beaux atours, Gabriel dû se résoudre à ce qui allait arriver mais prit la peine de se saouler allégrement dans le but d’alléger sa souffrance. Une fois son devoir conjugal achevé, il sortit pour aller enterrer l’or derrière sa maison et s’enfuit en titubant pour se diriger vers la petite chapelle près du cimetière, à l’orée du bois. Près d’un arbre il cueilli quelques petites plantes. Ses découvertes récentes lui permirent de réunir les ingrédients nécessaires à la guérison de sa patte folle qui ruinait ses projets de célébrité.

Il prit ensuite une pelle et déterra les restes d’Alexis Tremblay, mort trois mois plus tôt d’une indigestion. Il avait en sa possession une composition de plantes qui avaient pour propriété de redonner vie à de la chair morte. Il avait jadis obtenu cette recette, de la femme qui voulait acheter Zéphise. Il ne lui manquait plus qu’une jambe humaine et un navet bleu pour réaliser son rêve, mais dû attendre à la dernière minute pour se les procurer. Dans le village, le vieux Philémon était le seul à faire pousser l’étrange tubercule. Gabriel subtilisa le légume du jardin des Simard afin de compléter sa recette. Il était hors de question de monter sur scène en boitant. Une fois les ingrédients amassés il disparu dans la nuit.

Il passa les jours qui suivirent enfermé dans une grange abandonnée à quelques lieues du village. Il avait trouvé ce refuge lors de ses excursions et en avait emménagé l’intérieur pour ses recherches sur les épices à charcuterie et autres expériences secrètes. Il disposait de tout ce qu’un alchimiste pouvait avoir besoin. Les brûleurs, fioles, becs verseurs et tubes de verres allaient dans toutes les directions.

Une fois sa potion achevée il en déversa une goutte sur une petite saucisse. La charcuterie prit immédiatement l’apparence de la chair vive et se mit à gigoter frénétiquement sur la table. Gabriel la trancha d’un geste rapide et il la vit se tordre en saignant pour ensuite arrêter de bouger. Il cria victoire et sorti la jambe morte d’une couverture. L’odeur était épouvantable. La jambe noircie n’était pas de la même longueur que ses propres jambes mais il avait simplement besoin d’une tranche vivante et d’un stimulus de colère pour placer le nouveau morceau à l’endroit désiré.

Il se voyait déjà au grand hall de Paris, applaudi par des milliers de personnes. Il avait conviction qu’une simple rondelle de viande avec un os au milieu serait la clé de son succès. Il entreprit alors de tremper la jambe putride dans un grand vase remplie de la potion bouillonnante. La jambe reprit vie, un peu trop même car elle donnait de violents coups de pieds. Alors, il la déposa soigneusement dans une grande pochette de cuir et prit soin de la ligoter. Il quitta la grange et repartit vers le village fier de ses efforts.

Une fois rentré, il fut accueilli par sa nouvelle épouse qui était dans tous ses états, comme il l’avait prévu. Zéphise voulait savoir pourquoi son mari avait quitté le lit nuptial pour ne réapparaître que plusieurs jours plus tard. Il invita sa femme à aller discuter à l’intérieur car il ventait très fort cette journée là. Zéphise était enragée et balançait tout ce qui lui tombait sous la main au pauvre Gabriel qui essayait tant bien que mal de se protéger.

Après quelques minutes elle épuisa ses munitions et remarqua le violon posé dans un coin. Elle l’empoigna et le lança de toutes ses forces en direction du charcutier qui fit tout pour l’attraper mais le reçu en plein visage. À ce moment sa colère était à son paroxysme. Gabriel se précipita sur la jambe emballée afin de la libérer. Sa femme poussa un grand cri d’effroi à la vision du membre en liberté. C’est alors que la jambe bondit hors de la maison et se mit à courir en direction du cimetière. Gabriel pris de panique et à quelques secondes de se retrouver en tranches couru derrière elle mais en vain, il ne réussit pas à la rattraper. Alexis Tremblay était réputé pour être le facteur le plus rapide de la région et sa jambe morte en était la preuve vivante. Tout en essayant de se calmer un peu, espérant ralentir la séparation de son corps, Gabriel abandonna son projet de guérir son handicap et n’eut plus en tête que de s’enfuir avec la dot de la mariée. Il utilisa ses dernières forces à déterrer l’or derrière la maison. Il n’avait plus aucune raison de rester sur les lieux, sa femme laide avait perdu la raison et il ne pouvait maintenant plus parvenir à ses fins. Grande fut son horreur quand il ouvrit le coffre pour s’apercevoir qu’il ne contenait que des centaines de dents de cochon.

Le lendemain, Madame Bouchard, une lève tôt alla faire ses emplettes comme à l’accoutumée mais eut un violent choc nerveux en passant devant la charcuterie. Zéphise était nue dans la vitrine du commerce, une expression de folie au visage. Elle pleurait, tenant dans ses mains un violon cassé tout en murmurant une litanie incompréhensible. Un peu plus loin, le curé trouva la jambe dans son jardin et la fit enterrer comme si de rien n’était. L’alcool et l’âge l’avaient endurci et il était bien au dessus de ce genre de manifestations diaboliques. Il y avait de fines tranches de viande crue un peu partout collées sur les maisons et dans les rues. On soupçonna le charcutier, qui avait dû devenir fou à partager le lit de l’horreur du Bas de la Baie. Le coffre fut retrouvé par Victor la Fouine qui entendit ce matin là un rire de vieille femme retentir à l’aube, une fois que le vent fut tombé.

5 octobre 2007

La souris…

17, avril, 2007 at 5:49 | In Nouvelles | No Comments

Je l’ai revue hier soir. Seule au milieu du parc. Un sac de sport plein à craquer de souvenirs. La souris est revenue. Je ne sais pas d’où. Un café à la main et ce permanent sourire timide.

Les gens passaient près d’elle sans la voir. Il faut dire qu’elle se fondait au décor du centre-ville. Un décor constitué de béton sale, de papiers qui jonchent le sol et d’infrastructures défraîchies. Est ce que les souris sont toutes blanches au départ et prennent leur couleur avec le temps?

Deux ans déjà depuis la dernière fois où je l’ai croisée. Un été, elle était assise un banc. Effrayée par des américains bruyants venus s’enivrer à Montréal, elle semblait lutter contre le sommeil. Parce que le sommeil signifie souvent l’agression, le viol, le meurtre. Même si ce sommeil peut être le seul refuge où elle peut revivre son passé, il reste son ennemi. Dormir sur un toit?, c’est possible mais pas toujours accessible. Chaque itinérant a son secteur. Mais pas la souris.

Je lui avais apporté un café chaud, avec deux crèmes et deux sucres que j’avais pris soin de laisser à part, question de goût. Les souris boivent peut-être leur café noir? J’aimais l’idée d’offrir l’option. C’est normal, la base du service à la clientèle. Elle m’a regardé de son sourire et a dit;

- Merci…

Un merci de souris; comme un doux murmure aigu…

Les journaux du Kalahari…

10, avril, 2007 at 9:05 | In Nouvelles | 2 Comments

Journal de bord, Navigateur K. Eisenberg

23 août 1918, 04h10 du matin. Helmut a l’air de bien dormir. Un bruit m’a réveillé. Je constate la température; moins 6 degrés Celsius. Bordel ce n’est pas chaud. Ingrid tu me manques. Je pense à toi. Je me demande comment va le petit. Ça fait plusieurs jours que je ne vois pas Helmut écrire. Peut-être croit-il que ce n’est pas nécessaire. De toute manière en autant qu’un de nous relate les évènements…J’ai fait l’inventaire des rations aujourd’hui. Il nous reste des vivres et de l’eau pour encore 10 jours en se rationnant bien.

06h20. Selon l’inclinaison du soleil, la mer devrait être de ce côté mais je n’arrive pas à établir notre position réelle. L’Afrique est immense. Une chose est certaine nous sommes loin d’Hirshberg. Ma tendre Ingrid tout me manque de toi. Ton rire, tes yeux de glace, la douceur de tes paroles. Combien de temps encore dans cet endroit austère. Si je ne me trompe pas aujourd’hui est l’anniversaire de tante Minna. J’aimerais bien la taquiner cette vieille dame espiègle. J’adore la faire sortir de ses gonds. Friedrich a sûrement remis cet affreux complet qui lui vient de son père et les filles se chamaillent sûrement pour une place à côté du cousin Moritz. J’aimerais bien voler jusqu’à vous mes amours…

13h10. Helmut est parti assouvir un besoin naturel. Il n’a vraiment pas l’air dans son assiette. J’ai été un peu brusque avec lui hier. J’espère qu’il ne m’en tient pas rigueur. Non mais je ne l’avais jamais vu s’énerver comme ça. Compromettre nos chances de communiquer notre position n’était pas la solution idéale mais il a toujours été comme ça. Il est malgré tout le meilleur pilote que je connaisse. Atterrir comme il l’a fait tient du miracle. Je lui dois la vie. J’ai cru apercevoir du mouvement à l’horizon ce matin mais je ne suis pas certain. J’aime autant garder cette information pour moi. Helmut est trop impulsif, il se mettrait à courir comme un fou…

14h20. Je n’arrive pas à croire qu’il fasse aussi chaud. Mes épaules me font souffrir. Je dois garder la tête froide, montrer des signes de faiblesse aurait des conséquences désastreuses sur le moral d’Helmut. Selon mes calculs nous sommes bien en direction du sud mais le soleil devrait être plus bas pour ce temps de l’année. Détail minime mais peut-être crucial? Si mes calculs sont bons nous devrions bientôt apercevoir des signes de civilisation. L’important à l’heure actuelle c’est notre moral. Helmut m’a bien fait rire plus tôt en comparant notre dîner à un banquet pour fourmis.

18h30. Six litres d’eau potable, dix kilogrammes de biscuits militaires, deux kilogrammes d’œufs déshydratés, 2 kilogrammes de viande séchée, trois conserves de choucroute. Un réchaud au gaz, deux couvertures, quelques outils, un sextant, trois fusées, des allumettes, du fil à pêche…Du fil à pêche?! Très pratique dans le désert. Bof, ça peut toujours servir à autre chose. La trousse de premiers secours par contre est très lourde. On peut sans doute de défaire de l’oxygène. Helmut est occupé à contempler le coucher du soleil assis sur la crête d’une dune. Pauvre Helmut, il doit s’ennuyer lui aussi. Il m’a dit avoir rencontré une femme avant son départ mais il ne veut pas en parler. Ah, ma douce Ingrid, comme tu me manques…

20h45. On a bien mangé. Helmut est plutôt silencieux ce soir. Dommage je voulais lui rappeler la fois ou le général nous avait demandé de le trouver dans ses quartiers pour discuter de la mission et que nous étions parti boire un verre à la place. Il avait fait intrusion dans le mess pour te surprendre en train de peloter sa femme alors que je dormais sous la table, tu te souviens ? On n’avait pas trop rigolé le lendemain ensemble aux arrêts. Sacré Helmut, toujours dans le pétrin. Demain je devrai lui annoncer que je n’ai aucune idée de la distance qui nous sépare de la côte. Même une fois arrivée sur le bord de l’atlantique la partie n’est pas gagnée. En espérant pouvoir attirer l’attention d’un navire ou d’un sous-marin avec ces fusées…

24 août 1918, 04h30. Réveillé par un petit lézard dans ma botte. Curieux petit spécimen. J’ai fait un drôle de rêve cette nuit. Ingrid pleurait et Helmut la consolait. Bizarre de rêve, Helmut n’a jamais rencontré mon épouse. J’ai entendu parler un jour d’une vieille dame vivant à Heidelberg qui pouvait interpréter les rêves. J’irai la voir à mon retour. Le petit déjeuner est prêt, Helmut pourra manger à son réveil. Il fait très froid cette nuit. Il me semble néanmoins que l’air est plus humide qu’à l’habitude. On se rapproche sans doute de la côte…En espérant que nos fusées fonctionnent et que quelqu’un les verra. Bonne nuit mon amour…

07h30. Helmut n’est pas là. Il ne doit pas être loin. Ce matin j’ai l’impression d’avoir vieilli de dix ans, quel sommeil minable. Pas grave, les choses pourraient être pires. Nous avons de la nourriture et de l’eau. Mon sextant ne semble plus fonctionner, plein de sable dans les engrenages. Je vais l’enterrer avec une cérémonie militaire. Le pauvre vieux truc, il m’a tant servi, c’et normal que je lui paie mes respects. Helmut va sûrement se moquer de moi. De toutes manière ce n’est pas un sentimental. Comment peut-on être si petit et si hargneux?

09h30. Je n’ai jamais vu Helmut me regarder de cette façon. Il arriva l’air médusé. Il n’avait pas l’air à comprendre la symbolique de mon geste. C’est sans doute sans importance mais j’ai cru lire une expression de mépris dans ses yeux. Enfin, j’essaie de conserver un bon moral dans ce désert. Ce n’est pas évident avec cette chaleur accablante. Ma chère Ingrid si seulement tu me voyais. Aujourd’hui j’ai décidé d’augmenter notre dose de nourriture. J’ai remarqué que Helmut s’affaiblissait. Nous sommes sûrement à environ une cinquantaines de lieues de la côté. Ce n’est pas le moment d’abandonner. Allons, du courage.

15h10. Helmut a exprimé le désir de retourner vers l’appareil mais j’ai refusé. Il est parti en emportant la moitié des vivre. C’est de la folie mais il m’a menacé. Il a perdu la tête, c’est clair. Il parlait de sa relation avec une femme mariée, de l’émetteur qu’il a bousillé, de bière et de filles et du général Von Trotha. Je sais que la séparation dans le contexte actuel signifie la faiblesse et la mort mais je ne tiens pas à mourir aux mains de mon commandant. J’ai abdiqué j’essaierai de le suivre à distance, pauvre Helmut. J’ai promis à son frère de veiller sur lui.

20h30. Helmut a oublié de prendre de l’eau. Je suis assis là à écrire pendant que mon commandant retraverse le désert vers l’est sans aucune provisions. Déboussolé n’est plus le terme à ce point. Où est-tu ma chérie en ce moment. As-tu le temps de penser à moi? Je commence à m’inquiéter réellement au sujet de cette mission. L’optimisme s’envole en fumée. J’ai besoin de ta force mon amour. La nuit dernière j’ai cru que nous étions observés. C’est impossible, nous aurions trouvé des empreintes, ou des traces de pneus dans le sable, quelque chose. Les alliés combattent beaucoup plus au nord et les peuplades indigènes ne s’aventurent jamais dans cette région. A moins que nous ne sommes pas où nous croyons être. Peu importe, j’irai chercher Helmut demain matin et j’essayerai de lui faire entendre raison.

25 août 1918, 06h00. Température 25 degrés Celsius. Vent du sud-ouest environ 10 kilomètres à l’heure. Toujours aucun signe des secours. Ce qui semble être une famille de scarabées est passé près de moi ce matin. Ils m’ont réveillé. Je ne sais pas où ils allaient mais ils avaient tous l’air de savoir où aller. Peut-être à la recherche de gouttes de rosée, la seule source d’eau fraîche dans cet enfer doré. Je dois rattraper Helmut coûte que coûte. L’appareil est à au moins deux jours de marche. Ça sera difficile d’y arriver. J’espère pouvoir réparer l’émetteur. Au moins en fabriquer un autre avec les débris du premier. Sacré Helmut, quel caractère. J’espère qu’il n’a pas trop soif.

08h00, Enfin des traces de pas. Je dois m’arrêter un moment afin de reprendre mon souffle. Je n’arrive pas à croire que je me dirige vers notre point de départ. J’ai l’impression de me suicider à petit feu. Allons il faut garder espoir. Une fois l’émetteur réparé il ne s’agira plus qu’une question de jours. Ces pas ne ressemblent pas à ceux de Helmut, il semble que les empreintes soient plus grandes que les siennes. Enfin, il n’y a pas beaucoup de chance qu’elles appartiennent à quelqu’un d’autre. Une gorgée et je repars…

10h30. Enfin l’aéronef. Helmut a pu réparer la radio mais je ne sais pas où il a pu passer. Il n’y a plus d’eau mais au moins il a sûrement communiqué notre position…


Journal de bord, Commandant H. Wurstwaren

23 août 1918 02h35 du matin. Je consulte le thermomètre; moins cinq degrés Celsius. Merde, j’ai froid. Karl est allongé le dos contre un rocher et semble dormir. Tant mieux, si un de nous se repose, nous nous en sortirons peut-être. Un feu électrique dans la queue de l’appareil, ça c’est un coup de poisse extraordinaire. Non mais sans blague, comment ce mécano de merde a t-il pu négliger de vérifier les circuits avant notre décollage.

06h30. Merde, réveillé par ce damné soleil. Je commence à croire que l’on tourne en rond. Karl a fait le petit déjeuner et est parti en reconnaissance. Encore des œufs déshydratés et un biscuit militaire. Vivement le retour en Allemagne. Je tuerais pour une bonne bière froide. J’ai remarqué que mes chaussures avaient des trous dans les côtés. Le sable pénètre à l’intérieur et comprime mes pieds. Nous devons nous arrêter fréquemment. Les instruments n’indiquent rien de bon. Il semble que le magnétisme de la boussole soit faussé. Heureusement que mon bon Karl sait naviguer avec les astres…

10h20. Karl marche loin devant. Je n’arrive pas à croire qu’il réussit à transporter tout ce matériel. Quelle force ce Karl, un rugbyman géant. Nous avons discuté ce matin à son retour de la direction à prendre. Il semblait bien optimiste en mentionnant l’ouest mais je ne suis pas sûr si on s’y dirige. Les dunes faussent ma perception. Il fait très chaud, tout colle et l’air brûle mes bronches. Putain de canicule. J’ai repensé à notre conversation d’hier. Karl avait raison, il aurait peut-être mieux fallu rester près de l’appareil pour quelques jours de plus. L’émetteur aurait sûrement pu être réparé avec plus de patience. Je n’aime pas quand les machines me résistent. Radio de merde…

14h15. Enfin une pause. Karl essaie de voir où nous sommes avec ses vieux instruments désuets. Pas la peine d’essayer de l’aider, je n’y connais rien. Je me rappelle ma jeunesse chez les scouts, toujours perdu. J’étais arrivé le dernier d’une chasse au trésor dans la forêt Noire. Une fois arrivé mes parents étaient là, en pleurs, ça faisait deux jours que tout le village me cherchait. Bien quoi? Ça peut arriver. Ils s’inquiétaient de ma santé et de ma constitution « frêle ». Tout un plat pour une erreur entre Nord et Sud. Enfin, j’avais plus d’affinité pour les sports d’adresse…

18h25. Karl a décidé de faire une halte et de revoir notre plan de survie.Je note la température; trente-cinq degrés Celsius. L’air est tellement sec qu’il nous assèche la peau et les muqueuses en un temps record. Le sable n’aide pas du tout. Tout de même, je n’ai pas de réponse mais seulement l’impression que le voyage se terminera sous peu. Déjà deux mois que nous avons quitté Berlin pour cette fichue mission. Cela semblait si simple, une reconnaissance au dessus des lignes ennemies, quelques voyages de courriers, transport d’officiers. Il a fallu qu’ils nous envoient dans cette satanée région pour retrouver un aéronef expérimental disparu depuis le 15 août. Bravo! Quel beau merdier. Heureusement que je dirige bien notre projet de survie. Karl a la patience et la force, mais j’ai l’étoffe du leader…

18h30. Me voilà vers l’ouest. On voit que du sable. Un océan doré immobile. Comme j’écris bien, un vrai poète. J’ai faim. Karl fait notre inventaire encore. Je ne crois pas qu’il ait changé depuis ce matin mis à part quelques gorgées d’eau. Enfin, si ça l’amuse. Putain de désert de merde. Karl m’a mentionné plus tôt qu’il avait foi en notre sauvetage éventuel. Le général Hoffmann tenait à ce qu’on repère la carcasse du LZ-6 et son pilote s’il est toujours en vie. Il a sûrement envoyé un vol pour nous repérer. Je me demande ce que fait Ingrid en ce moment. Elle est sûrement bien sans nouvelles de toute manière…

24 août 1918 02h30. Putain ça caille. Une couverture n’est pas suffisante. Si seulement on pouvait faire du feu. Karl dort comme un bébé. J’ai mal aux pieds, j’ai froid, j’ai encore faim. Il doit faire moins quatre degrés Celsius à l’heure actuelle. Je devrais aviser Karl que je veux retourner à l’appareil. Je m’en veux, Ingrid, malgré nos différends tu es précieuse à mon cœur. Karl refusera c’est sûr. On doit rester ensemble pour survivre ça c’est clair. Je t’ai promis de veiller sur lui mais j’avoue que ça m’arrangerait s’il crevait. Bon c’est l’heure de dormir…

06h25. Merde! Karl a déjà mangé et n’a rien laissé. Les casseroles son éparpillées et il ne reste rien. Le goinfre, s’il était moins costaud il mangerait probablement moins. Enfin, Il doit y avoir des biscuits dans ce sac. Quelques gorgées d’eau et tout ira mieux. Pourvu qu’il ne trouve pas le flacon de schnaps que je conserve pour notre sauvetage. Je me demande quel temps il fait à Berlin. Si seulement j’avais pu faire fonctionner cet émetteur de merde. Nous serions en train de se saouler la gueule dans un tripot quelconque. Ah le con de mécano. Comment peut-on être aussi négligeant. La première fois que je ne vérifie pas tout moi-même avant un vol. Voilà ce qui arrive…

08h30. Karl a perdu la boule. Je l’ai surpris à enterrer son vieux sextant. Il déraille complètement ou quoi? Alors qu’on cherche notre chemin il s’amuse à faire un service funèbre à un vieux machin. Bon, je crois qu’il va falloir que je prenne le contrôle de la situation. Il fait déjà trente degrés, nous n’avons pas d’abri et la côte semble trop loin. C’est assez, je lui demande où nous sommes et si la réponse ne me convient pas je retourne au zinc avec où sans lui. Non mais sans blague, enterrer un sextant…

13h30. J’en étais sûr. Karl refuse de retourner en arrière. Il reste des vivres dans l’appareil et l’émetteur peut être réparé j’en suis certain. Je l’ai pas mal bousillé mais ça vaut mieux que de mourir la gueule pleine de sable. Je commence à douter de ses capacités de navigateur. Non mais après tout c’est moi le commandant de cette expédition! D’autant plus qu’il mange pour deux…

16h30. Je n’aurais jamais dû écouter mon navigateur. Merde et merde, pourquoi est-ce que je n’ai pas joint l’artillerie. Putain de Fliegertruppe. L’aviation où la famille, la guerre des airs ou la guerre des nerfs. J’aurais mieux fait de rester à la maison point final. Au diable cette guerre et ce pays de merde. Il fait trop chaud, je suis fatigué, j’ai faim. J’ai cru apercevoir une silhouette au loin un peu plus tôt. Ce con de Karl aurait-il entendu la voix de la raison mais hésiterait à l’admettre? Peu importe, c’est maintenant chacun pour soi.

20h30. Merde. Nous avons dû tourner en rond pendant une bonne période de temps car j’aperçois au loin notre appareil. Deux heures de marche pas plus. Je suis crevé. Je vais arrêter pour le reste de la nuit. Je n’ai plus d’énergie et j’ai très soif. La température tombe rapidement et j’ai l’impression que Karl n’est pas loin. J’ai eu tord d’accepter cette mission merdique. J’étais bien dans le 82ième escadron. Pilote de dirigeable, boulot peinard. Maintenant je suis perdu avec du sable dans les oreilles. Dormir, le plus possible, conserver mon énergie. L’avion n’est plus loin, il y reste une bonne réserve d’eau.

25 août 1918 07h00. On m’a joué un sale tour. Putain Karl je n’ai pas envie de jouer. Mes vivres ont disparus, mon sac a été vidé et son contenu éparpillé aux quatre vents. Il ne perd rien pour attendre. Parole de Wurstwaren il va passer un sale moment si je l’attrape. Il ne me reste plus que mon carnet de bord et mon stylo. Je dois rejoindre l’appareil au plus vite.

09h15. Quelqu’un a bu l’eau qui restait au zinc. L’émetteur a été remis en état mais aucun signe de Karl. Je ne sais pas comment ce démon a réussi à arriver avant moi. Peut-être qu’il nous a fait tourner en rond pour pouvoir se débarrasser de moi? Le salaud, s’il n’était pas si costaud, il serait froid depuis longtemps. Lui et sa putain de photo. Sa femme, quel réconfort dans ce désert de merde… Et pourquoi il refuse de me la montrer? La fréquence syntonisée sur l’émetteur ne ressemble en rien à une fréquence de la Fliegertruppe. Je commence à y voir de plus en plus clair. Où est cet espion de merde. Bon assez écrit pour aujourd’hui. Je dois communiquer avec le haut commandement le plus vite possible et prendre des directives. Putain j’ai soif…


Journal de bord, Capitaine F. Wurlitzer

19 août 1918. Aucun signe de civilisation nulle part. Juste cet éclair vers l’est dans le ciel un peu plus tôt. Cela fait maintenant 4 heures que je marche en direction de ce qui semble être un écrasement d’aéronef… Avec un peu de chance je pourrai m’y rendre en quelques jours. Cela vaut mieux que de rester là à espérer du secours. Cette foutue plaie m’élance tellement…

22 août 1918. Finalement, on dirait des compatriotes, difficile à dire. Les uniformes du désert se ressemblent trop d’une nation à l’autre. Je suis trop loin pour entendre la discussion mais l’un deux semble s’acharner sur une pièce d’équipement quelconque près du reste de fuselage carbonisé. Il a l’air de mauvais poil. Le costaud quant à lui semble plus en possession de ses moyens et semble s’affairer à réunir ce qu’il peut sauver des décombres… Drôle de duo.

24 août 1918. Enfin j’ai pu m’approcher suffisamment. Il semble que ce duo espère rejoindre la mer. Ils ne sont pas très habiles pour s’orienter. J’ai pu au moins leur soutirer quelques vivres. Pour le travail incognito c’est foutu mais la survie d’abord. En tout cas j’ai la certitude que ce sont des compatriotes. Ils ne doivent pas me voir dans cet état. Le haut commandement était formel sur les instructions. Le secret absolu ou la mort.

25 août 1918. Je crois que mon plan va bien fonctionner. Il suffit de semer la discorde et avec un peu de chance ils vont s’entretuer. Je dois faire parvenir les codes au quartier général ainsi que les résultats du vol. Le LZ-6 ne supporte pas bien la chaleur. Ingrid ma douce tu es si loin de moi, pardonne-moi pour mon entêtement à toujours vouloir me porter volontaire pour les trucs les plus insensés. Ta photo me rend mal ta beauté. Je la porte sur mon cœur. C’est bête que l’on se soit rencontrés peu avant cette mission Si jamais on retrouve ce journal, de grâce dite à ma tendre amie que je l’aimerai toujours.

Rapport du Lieutenant Colonel H.S. Chesterfield

Royal Air Force

2 février 1943

Nous expliquons mal la présence de ces trois officiers allemands dans cet endroit du désert. À en juger par la disposition de leurs ossements, ils se seraient battus ou quelque chose comme ça. Il est difficile de déterminer la nature du conflit. Peut-être qu’ils se sont disputés les dernières rations. Où alors ils se seraient disputés sur la direction à prendre pour s’en sortir. Malgré des noms différents sur le reste de leurs uniformes, il semblerait qu’ils soient apparentés. En effet les photos trouvées sur chacun d’eux, malgré leur état nous révèlent qu’il s’agit de la même jeune femme. Elle ressemble étrangement à ma chère et tendre épouse à l’époque ou je l’ai connue. Je serai de retour bientôt à Londres, chère Ingrid…

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