L’homme qui aimait trop les croustilles

Ghislain Lafond travaillait dans une usine de transformation alimentaire. Il remplissait avec brio le rôle d’opérateur de presse à légumes. Il n’avait pas beaucoup de loisirs mais aimait bien aller s’asseoir au café tard le soir avec en main un journal qu’il ne lisait jamais. Il se contentait de regarder les passants et de siroter un thé souvent froid. Ghislain travaillait de nuit et son cercle d’amis était plutôt restreint. Il aimait les croustilles mais plus particulièrement celles faites de maïs à saveur de cheddar, communément appelées crottes au fromage. Il avait une affection toute particulière pour « La Supérieure », marque réputée de fabrication locale. L’usine où elles étaient fabriquées se situait tout juste en face de son lieu de travail. Chaque matin en terminant son chiffre il passait au comptoir des ventes s’acheter un petit sachet. Il ouvrait généralement le petit sac en s’asseyant dans l’autobus et le terminait en se léchant les doigts à deux pâtés de maison de chez lui. C’était son vice et celui-ci le mena à sa perte en septembre 1997 lors d’une soirée alors qu’il s’affairait à repeindre un logement.

Églantine Tourniquet aimait beaucoup la couleur orangée. Son entourage était uniquement composé de cette couleur d’agrume. Elle habitait au 8 rue des Clémentines dans un petit 2 pièces séjour qu’elle avait décoré avec soin. Elle avait arpenté plusieurs fois les rues de la ville à la recherche des accessoires de la couleur voulue. Ses vêtements, ses bijoux, et même sa chevelure avaient la fameuse teinte. Elle prenait chaque jour le soin de peindre ses doigts de pied de sa couleur préférée, toujours en écoutant la radio. Églantine rêvait depuis sa tendre enfance à une carrière de ballerine. N’ayant pas été sélectionnée lors de l’audition la plus prestigieuse; celle du Grand Ballet Mécanique, elle avait plutôt optée pour une carrière dans l’agro-alimentaire.

Ghislain avait rencontré Églantine lors d’une compétition de fabricants de croustilles, organisée par la mairie et l’ ANPAG, Association Nationale des Producteurs d’ Amuse-Gueules. Il y avait des fournisseurs des quatre coins du pays venus pour gagner le titre de meilleur confectionneur d’amuse-gueules fromagés. Tous convoitaient la coupe Henri Jérôme Hyppolite Fromager, le prix le plus fabuleux de cette compétition. L’heureux gagnant se voyait attribué le titre de Grand Vizir pour une période d’une année durant laquelle il jouissait d’une réputation de grande envergure, de déductions d’impôt et de passe-droits de toutes sortes. Ghislain avait remarqué Églantine qui travaillait derrière le comptoir de sa marque préférée. Elle agitait de ses minces bras laiteux les petits échantillons de la denrée précieuse en chantant le slogan qui avait fait de cette marque la pierre angulaire de tout un empire de croustilles; «… Essayez la Meilleure, Essayez La Supérieure!… » Ce slogan simple et direct avait eu l’effet d’une bombe dans le secteur agro-alimentaire. Plusieurs grands publicitaires avaient été virés sans explications lorsqu’on apprit que ce slogan était originaire de la bouche d’un certain Monsieur Mbundu, concierge acariâtre et chauve qui n’hésitait pas à siffler les jeunes employées entre deux coups de balai. On avait dès lors confié à M. Mbundu le département de publicité mais il s’obstinait à vouloir y passer le balai. Cette tâche fut ajoutée à son contrat de travail.

Ghislain avait devant lui la perle rare; une jeune et belle inconnue à la chevelure rousse, une nymphe de la crotte au fromage, brandissait fièrement le fruit de sa passion secrète. Il s’approcha timidement du kiosque, afin d’entendre la belle Églantine vanter les vertus de sa marchandise. Églantine ne pu rester indifférente devant la naïveté, le charme timide et la tignasse orange de son interlocuteur. Ils parlèrent longtemps tout en se regardant droit dans les yeux. Églantine négligeait les autres clients qui défilaient devant le kiosque et Ghislain ignorait la faible pluie qui s’était mise à tomber.

Plusieurs mois s’écoulèrent dans un parfait bonheur. Églantine offrait chaque soir à son amoureux, quelques échantillons de la denrée tant convoitée. Ghislain assumait toujours sa fonction d’opérateur de presse à légumes dans la fabrique locale. Il avait eu la brillante idée d’incorporer simultanément dans sa presse quelques pommes de terre et quelques carottes, après l’approbation du Conseil des Purées et Bouillies Végétales. Le résultat fut un succès instantané et Ghislain obtenu un poste de jour. On entreprit de vendre le nouveau produit sous le nom de « Purée Lafond». Ce fut pour lui une très grande fierté, une belle bouillie orangée. Les amoureux quittaient leurs boulots chaque soir en gambadant l’un vers l’autre, se rencontrant sous l’arrêt d’autobus pour s’échanger quelques mots doux en attendant leur moyen de locomotion. Ils avaient depuis peu emménagés ensemble chez Églantine car elle n’avait pas voulu quitter son environnement orangé. Cela lui aurait fait trop de peine. Du coup, Ghislain avait dû se défaire de la grande maison que son père lui avait léguée. Une maison énorme dans laquelle il avait fait bâtir une cave spécialement pressurisée, à climat contrôlé pour l’entreposage des crottes au fromage. Ils étaient heureux dans les 2 pièces séjour et la couleur ambiante ne faisait qu’attiser le feu de leur amour.

Mais l’histoire prit une tournure étrange lorsque Ghislain fut mis à pied car la demande pour les légumes pressés avait beaucoup diminuée. Le gouvernement avait adopté depuis peu une loi interdisant plus de 2 portions de légumes par jour aux citoyens. Suite à de nouvelles recherches, certains légumes et plantes comestibles, tout particulièrement ceux de la famille des ombellifères, étaient considérés comme une menace pour la santé si consommés en quantité trop importante. Il eut droit à un stylo bille sur lequel était inscrit « Merci pour vos 10 ans avec nous, la famille Veggysqueeze » ainsi qu’à un mois et demi de salaire. Églantine pouvait subvenir seule aux besoins de la famille mais s’inquiétait quand même pour son homme car il délaissa graduellement sa passion pour les crottes au fromage pour jeter son dévolu sur le téléviseur.

L’alarme sonna pour Églantine lorsqu’elle surpris Ghislain devant un roman savon. Elle devait agir et vite. Elle essaya de lui remonter le moral en jonglant et en chantant des chansons relatant les exploits de Guillaume Fromager le troisième du nom, héros médiéval méconnu. Elle y arriva presque jusqu’au jour où Bruce avoua son infidélité à Debbie, tout en lui confiant sur son lit de mort qu’il était en fait le fils du frère du père qu’elle n’avait jamais pu connaître. Il était décédé suite à un accident d’hydravion lorsque son intraveineuse s’était malencontreusement empêtrée autour du manche à balai…

Rien à faire, jusqu’au jour où son patron lui demanda à l’heure de la pause café si elle connaissait quelqu’un qui cherchait du travail et qui avait de l’expérience dans le milieu. La compagnie avait grandement besoin d’un inspecteur de la qualité. Quand Églantine annonça la nouvelle à son amoureux, il se leva du sofa, en essuyant les miettes de son ventre et sorti immédiatement de sa torpeur.

L’opportunité de réaliser son plus grand rêve se présentait enfin à lui. De tout les gens qui avait postulé il avait été le seul à avoir la brillante idée de se présenter les doigts couverts de fromage. Cette idée plut tellement au comité de sélection qu’il fut engagé sur le champs. Le moral revint automatiquement et les choses se replacèrent assez vite. Églantine était si heureuse de revoir Ghislain sourire et reprendre goût à la vie.

L’automne suivant Ghislain eût un malaise au travail et ressenti le besoin d’aller consulter un médecin. Il éprouvait de la difficulté à se concentrer et sa vision se troublait quelques fois. Il souffrait d’insomnie mais quand il arrivait enfin à dormir il faisait régulièrement un étrange cauchemar dans lequel il se métamorphosait en carotte. Des fonctionnaires s’y apprêtaient à le déguster en le tranchant d’abord en menu morceaux. Il se réveillait toujours en sueur prenant le soin de s’examiner pour voir s’il portait des marques. Le docteur interpréta ces signes comme une simple surexposition au travail et lui suggéra de prendre congé pour quelques jours. Il avait remarqué que la texture et l’apparence de sa peau avait légèrement changé. Il lui prescrit alors une crème à base de vesse-de-loup très efficace contre le psoriasis et les moustiques. Il suggéra à M. Lafond de s’orienter dans un autre domaine. Ghislain dissimula la visite à sa copine. Il croyait que ses symptômes pourrait avoir des conséquences néfastes sur son couple. Eglantine avait sentie que son amoureux avait un sommeil très agité depuis quelques temps mais croyait seulement qu’il s’agissait simplement d’une carence vitaminique. Elle avait calculée que le sommeil perturbé de Ghislain coïncidait avec l’entrée en vigueur de la loi sur les portions de légumes. Elle entreprit alors l’élevage clandestin de bébé carottes dans un coin de la salle de bain. Ghislain fut touché par le geste mais avait la crainte de recevoir une visite de la Police des Végétaux, contrôleurs implacables des productions illégales de légumes de toutes sortes.

Au risque de se voir poursuivre en justice pour usage illicite de légumes elle avait emménagé un minuscule potager dans la douche, la seule place du logement étant éclairée naturellement du matin au soir. Ils devaient maintenant se laver dans l’évier de la cuisine mais ils s’y habituèrent rapidement. Elle avait dû aller chercher les éléments et les outils nécessaires en catimini pour ne pas éveiller de soupçons dans le voisinage. Mme Berthe, la commère officielle de l’immeuble prenait un malin plaisir à noter les allées et venues des locataires. Elle était en position stratégique au rez-de-chaussée, juste à côté de l’entrée principale. Une fois, elle avait appelée un exterminateur car Fifi, la perruche de Monsieur Delvecchio, un tromboniste rondouillard habitant au 1er étage, s’était échappée de sa cage et avait eu la malencontreuse idée de se servir du paillasson de la mégère pour assouvir un besoin naturel. Malgré Mme Berthe veillant au grain, Églantine réussit à assembler les éléments nécessaires puis les avait emballés soigneusement dans des caisses de croustilles. Ces caisses furent livrées par son cousin qui travaillait à la fabrique. Ghislain augmenta alors sa dose de légumes à 5 portions par jour, faisant confiance à sa douce moitié mais l’effet fut plutôt étrange. La quantité de carottes ingérée quotidiennement donna un ton orangé à sa peau. Églantine trouvait son homme plus séduisant que jamais.

Les cauchemars de Ghislain prirent graduellement l’allure de rêves épiques dans lesquels il combattait une horde d’employés de Veggysqueeze, chevauchant une carotte immense et portant fièrement une armure orangée. Cette étrange bataille se passait dans un gigantesque champ de carottes où chaque légume piétiné poussait un râle en se transformant en crotte de fromage. Le rêve se terminait toujours par la délivrance d’Églantine prisonnière de la Police des Végétaux.

Chaque matin il se réveillait reposé et revigoré. Ses performances au travail lui avaient valu un poste de prestige suite à son innovation pour l’amélioration de la chaîne de production. Il avait dessiné les plans d’une machine où les employés pouvaient, sur une base volontaire, être incorporés de façon permanente à la chaîne de production, créant ainsi la première chaîne biomécanique de tout le pays. Les journées passaient à un rythme fou, Églantine voyait son homme devenir graduellement orange et prenait plaisir à lui donner sa dose de carottes quotidienne. Les soucis se dissipèrent et le bonheur semblait revenu dans le petit 2 pièces séjour. Plus rien ne vint perturber la quiétude du couple mis à part les étranges sensations qu’éprouvait Ghislain. Il avait aussi très souvent envie d’aller creuser un trou dans le jardin du voisin afin de s’y enterrer debout. Il vaquait ainsi à ses tâches quotidiennes et une fois la nuit venue les rêves recommençaient de plus belle.

Lors de leurs vacances annuelles, Églantine et Ghislain avaient entrepris de redonner un coup de fraîcheur à leur logement. Après plusieurs jours de conciliabule, ils jugèrent qu’il était temps de changer la couleur de leur intérieur. Ils optèrent alors pour un orangé plus sombre. La nuance choisie devait ressembler en tout point à celle de « La Supérieure » ce beau orange prononcé et fluorescent que les autres fabricants n’avaient jamais réussi à obtenir et dont l’usine gardait le secret avec la discrétion reconnue aux moines. Églantine était folle de cette couleur mais dû partir chez sa sœur pour le temps des travaux car elle était allergique aux petits bâtons pour brasser la peinture.

Une fois la première pièce terminée, Ghislain qui se recula afin de contempler le résultat fut pris d’un malaise. Il tituba et senti un picotement dans le bas de son dos. Une fois assis sur le canapé il passa sa main sur la région douloureuse et s’aperçu qu’il y avait une petite bosse. Pris de panique il appela le docteur qui consenti à une visite à domicile. Le docteur lui annonça qu’il lui avait poussé un genre de tubercule dans le bas du dos. Cette excroissance semblait bénigne et le docteur prit soin de rassurer son patient, toutefois des tests s’imposaient. Le docteur pris congé mais lui donna rendez-vous le lundi suivant. Quelques minutes plus tard alors qu’il avait repris le pinceau Ghislain fut pris d’étourdissements et de nausée. Il s’allongea sur le canapé croyant souffrir d’une indigestion causée par un sac de crottes au fromage moins frais qu’à l’habitude. C’est alors qu’il sombra dans un sommeil profond pour ne jamais se réveiller.

Quelques jours plus tard Églantine affolée de n’avoir plus de nouvelles s’en revint à la maison. Lorsqu’elle entra elle fut agréablement surprise par la nouvelle couleur mais ne trouva pas Ghislain. Elle appela mais sans résultats. Elle déposa son sac à main sur le canapé et remarqua sur un coussin, un pinceau et une petite carotte légèrement déformée ayant sans aucun doute échappée à la vigilance de Ghislain. Elle la ramassa et avec une petite pensée coquine pour son chéri, ouvrit lentement la bouche et la plaça entre ses dents et la croqua. Elle ne le revit jamais plus…

Nul ne puis expliquer la disparition de Ghislain. De mauvaises langues au travail disaient qu’il était parti s’établir au Paraguay où apparemment le marché de la croustille fromagère restait à développer. D’autres ont dit qu’il avait tout simplement mis fin à ses jours en se jetant sous son ancienne presse à légumes. La rumeur la plus folle disait qu’il s’était graduellement transformé en carotte. Les autorités policières démentirent la rumeur et étouffèrent l’affaire en convainquant Églantine qu’il s’était enfui avec les recettes de son élevage clandestin de bébé carotte vers les plages du Brésil…

Une chose semble certaine, il serait parti pour l’Amérique du Sud, mais pourquoi aurait-il laissé l’amour de sa vie derrière lui? Ses plus proches amis croient qu’il n’aurait jamais laissé Églantine et qu’il fut victime d’un enlèvement. Le syndicat avait soulevé la menace de mesures extrêmes si le projet de chaîne biomécanique était mis à exécution. Madame Berthe avait avancée la théorie de la combustion spontanée mais personne n’entendit de détecteur de fumée le soir de la disparition. De toutes manières les fausses notes du tromboniste du 1er auraient vite fait de couvrir tout bruit et il n’y avait pas de cendres sur la moquette orange.

Églantine ne se remit jamais complètement de la disparition de Ghislain. Elle avait quitté son emploi, s’était remise au ballet et avait fondée un groupe d’entraide pour les gens ayant vécu une perte similaire. Jusqu’à ce jour elle reste l’unique membre du groupe mais va aux réunions sur une base régulière prenant le soin d’emporter un magazine. Elle avait repeint elle-même son logement en vert très sombre, afin d’oublier le drame en prenant évidemment la précaution de faire brasser sa peinture par sa bonne copine Véronique.

Au printemps 1998, le gouvernement abolit la loi sur le rationnement des légumes mais une mise en garde resta en effet concernant les carottes modifiées génétiquement.

F. Cordeau

20 août 2004

Publicités

13 réflexions sur “L’homme qui aimait trop les croustilles

  1. Bien le bonjour M’sieur Figaro !
    WOW, on dirait du Terry Gilliam ! Qu’est-ce que tu avais consommé pour pondre un truc pareil ? 😉
    En tout cas, je me demande si je ne devrait pas freiner sur la consommation de carottes…
    Je la trouve super cette histoire. Ce serait bien si Eva pouvait en faire une version Illustrée…

  2. Gynux: Merci pour ce beau commentaire. Cette histoire est assez bizarre et pas tout à fait au point mais je l’aime quand même et je trouve qu’elle est assez farfelue pour la partager avec la blogosphère. Pour ce qui est de mon état d’esprit la vérité est que durant cette période j’ingurgitais du loraxepam et de la fluoxetine sur une base quotidienne. Maintenant je vais beaucoup mieux, je me shoote à l’héro et je fume des pétards avec du gros rouge 🙂 Et pour ma chérie, nous avons déjà parlé de pondre un truc ensemble mais ça sera quand elle aura moins de boulot! 🙂

  3. Et bien, tu m’en bouches un coin! Tu écris bien et ton histoire nous ouvre d’autres horizons possibles….je crois que je vais me mettre à surconsommer du miel,pour un jour peut-être me transformer en abeille ;o)
    En tout cas merci pour le cadeau!

  4. Goubli: Merci! Et si je me fie à ta théorie, ça veut dire que ma chérie va bientôt se transformer en raisin!!! (j’vais m’en prendre une!!!!!) 😛

  5. Une histoire interessante. elle est ecrite avec les faits un peu comme ci on regardait d’en haut ce qui se passe. Comme dans le film « Le battement d’aile du papillon ».

  6. Nicolas: Merci, je n’ai cependant pas vu ce film. Ton blog est très enrichissant. J’ai des amis qui vont en Thaïlande en août, as-tu des bonnes adresses à proposer??

  7. Waoo ! J’adore cette histoire ! Je ne sais pas d’où elle sort mais si elle avait des petites soeurs, ce serait achement bien !
    Et comme le dit Gloubi, vivement l’illustration par Eva !

  8. Fleur, Merci pour ce gentil commentaire. Cette histoire est de mon cru et d’autres existent mais elles ne sont pas encore tout à fait au point… J’y travaille (quand j’ai le temps) 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s