La légende de Gros Gris – chapitre III

Chapitre III – La rencontre

Les jours s’écoulèrent paisiblement dans le petit bois. L’automne approchait à grand pas et la corvée de bois occupait Vincent durant la majeure partie de la journée. Les visites étaient rares et il passait ses soirées à améliorer le chalet et le préparer en vue de l’hiver qui est particulièrement rude dans ce coin de pays. Entre les vents parfois violents et une quantité de neige exceptionnelle il devait s’assurer d’avoir assez de bois pour se rendre en mai, retour des beaux jours et des températures plus clémentes.

Il avait remarqué plusieurs fois un drôle d’écureuil d’apparence sale qui l’observait du haut des arbres ou simplement au pied de ceux-ci. La petite bête pouvait passer des heures sans bouger à le regarder fendre le bois. Parfois elle s’éloignait en grognant et en émettant ce son particulier qui ressemble à un croisement entre le son d’une bouilloire et d’une crécelle. Vincent n’y portait pas plus d’attention qu’il fallait car après tout, il était un intrus dans ce havre de tranquillité et mis à part sa croisade pour épurer le chalet des bestioles, il laissait les animaux en paix. Un jour il laissa sa hache sur la galerie et rentra soigner une entaille qu’il s’était fait au pied en essayant de fendre une bûche d’érable plus coriace que les autres. La blessure n’était pas profonde mais il fallait quand même la désinfecter. L’heure tardive lui fit oublier ses outils dehors et après un bon souper constitué de pain, de soupe aux pois et de jambon, il s’allongea et sombra dans un sommeil profond.

Le lendemain lorsqu’il repris ses occupations il se rendit compte que quelque chose avait grugé le manche de sa hache et qu’il ne restait plus qu’un moignon de bois à quelques centimètres de la lame. Furibond il se mit à jurer en lançant le reste du manche dans les bois. Il entendit une plainte venant de la direction où le manche était tombé mais sans y porter attention il partit au village pour remplacer son outil. Il revint quelques heures après, s’étant arrêté au Café des Artistes pour prendre le pouls du village. Il en profita pour vider quelques bières en compagnie du Gros Ménard, un fier à bras du coin reconnu pour une force physique inversement proportionnelle à son conscient intellectuel. Le gros Ménard allait souvent à la chasse à l’orignal et lui vendit pour deux bouteilles de Molson, quelques kilos de viande de son dernier trophée.

Sa viande sous le bras et son nouveau manche de hache dans l’autre main il tituba jusqu’à la forêt. Prenant quelques branches dans la figure qu’il balayait de la main en grognant, il fit un arrêt respectueux devant la petite statue de St-François-d’Assise et repris sa route en direction du chalet. À défaut d’avoir un réfrigérateur, il pris soin d’emballer le morceau de viande soigneusement dans du journal, la ficela pour ensuite la suspendre à l’extérieur sur la galerie, bien hors de portée des animaux qui s’en auraient sûrement régalé.

Il se leva le lendemain avec un sourire aux lèvres et l’eau à la bouche. Ce soir il ferait un feu énorme composé de brindilles et de fines branches de pin. Il attendrait que les braises soient bien rouges pour y déposer une tranche bien grasse de viande d’orignal. Pour les connaisseurs en matière de viande rouge, l’orignal est particulièrement savoureux. S’apparentant plus au cheval qu’au boeuf, sans goût prononcé comme beaucoup de gibiers, il fond dans la bouche lorsque cuit de la bonne manière. Vincent avait hâte à ce soir mais déchanta vite lorsqu’il sorti à l’extérieur. Il n’y avait plus rien au bout de la ficelle. Le journal imbibé de sang était au sol, déchiqueté et éparpillé aux quatre vents. Son premier réflexe fit de regarder dans tous les sens dans le but d’apercevoir peut-être le coupable roter dans un coin. Il soupçonna le curé mais vit l’écureuil, son écureuil sur une branche en face du chalet qui émettait un drôle de son ressemblant à une espèce de rire guttural.

Vincent fit volte face, entra dans le chalet en ouvrant la porte d’un coup de pied pour y chercher son fusil de calibre 12. Il tira en direction de l’écureuil qui disparut dans les bois. Après quelques ‘’tabernacles’’ bien placés il remis de l’ordre devant le chalet et alla fendre quelques cordes histoire de faire passer son ire. Leur premier contact fut brutal et ‘’Gros Gris’’ comme il le surnomma devint rapidement un élément perturbateur de taille. Il revenait tous les soirs fanfaronner devant le chalet, passant devant les fenêtres, grattant les murs, faisant tomber des glands sur le toit ou simplement en le narguant de loin lorsqu’il était occupé à l’extérieur. Cet écureuil était casse-pieds un point c’est tout.

Le dimanche était journée sacrée dans le village. Les habitants, fidèles chrétiens respectaient les traditions catholiques et la majorité des commerces étaient fermés. Les cultivateurs n’allaient pas au champ et les gens se réunissaient en famille pour le repas du soir. Vincent en profita ce soir là pour aller chez Madame Simard, qui ne refusait jamais un couvert de plus à sa table. Après un copieux repas bien arrosé il revint au chalet et fit un grand feu à l’extérieur. Il sorti son banjo et joua jusqu’à l’aurore, accompagné de la valse des chauves-souris et du hululement lointain des hiboux…

À suivre…

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7 réflexions sur “La légende de Gros Gris – chapitre III

  1. Eh bien…imaginer un écureuil en train de manger de la viande…brrr, ça fait froid dans le dos. Ou alors il l’a seulement chapardé ?
    Ah…mais ch’uis sûr qu’en fin de compte, il est sympa le gros gris. 🙂

  2. Salut Gynux, Sympa? nonnnnnn….Gros Gris n’est pas un écureuil ordinaire. La suite des choses te permettera de te faire une meilleure idée… 🙂 Et alors, à quand un nouvel épisode du pirate déchaîné???

  3. Bah d’après ce que j’ai cru comprendre, la seule chose risquée que Vincent doit éviter, c’est de ramasser sa savonette devant gros gris 😀

    Pour un nouvel épisode, c’est fait.

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