Bruce Willis vs la réalité…

Aujourd’hui je suis allé en cours criminelle. Non pas comme accusé mais comme témoin (je tiens à le préciser…). Rien d’extraordinaire en soi mais en y réfléchissant bien, il y a une aspect sous tout ça qui perturbe. 

On s’imagine parfois comment on réagirait dans une situation de danger. On regarde un film ou l’on voit des gens dans une banque, couchés sur le sol sous la menace d’une arme quelconque. On rit, on les traite de lopettes, on se voit brandir fièrement le bouclier de la justice dans la face des malfrats, l’oeil aguerri et le jarret tendu, prêt à bondir…Souvent on ne prend pas au sérieux ce que les gens peuvent vivre. Comme quoi tant que l’on n’a pas vécu de situation similaire il est impossible de savoir de quoi il s’agit. Oubliez Vin Diesel, Bruce Willis ou Steven Seagal. Oubliez tout ce que vous avez pu imaginer. Lorsqu’on devient la proie on n’a qu’une chose en tête; la survie. La survie par l’obéissance et en espérant que notre bonne étoile n’est pas partie en pause repas. 

La mienne fait du surtemps. Comme ce fameux soir de novembre 2005 ou mon féal cousin et moi-même, seuls clients d’une taverne sur le point de fermer, étions cloués sur le sol avec un calibre 12 derrière la tête. Encore là ça passe. Un congé, une petite thérapie et hop! C’est le retour en grande forme. Ça devient plus compliqué lorsqu’à deux mètres de ça un vieillard se fait ouvrir le crâne d’un coup de crosse et qu’on entend ses râles et sa plainte gargouillante de sang se perdre aux quatre coins de l’établissement. L’impuissance, l’impuissance totale. Celle qui provoque la honte la plus insoutenable lorsqu’on s’aperçoit que si nous avions eu la moindre fibre de Willis et compagnie nous n’aurions pas laissé faire ce crime horrible. Tout ça pour une poignée de dollars ensanglantés. 

Une fois que les mécréants eurent quitté l’établissement ce fut l’état de choc. L’adrénaline nous a donné la force nécessaire pour intervenir. Moi aux premiers soins, Jean-Philippe au contact d’urgence. Je me revois assis sur le sol souillé tenir la tête de ce vieil homme incohérent et à demi conscient. Des billets de banque et de la monnaie éparpillés sur le sol, et quelques chaises renversées. Sa tête n’était plus qu’un ballon crevé, difforme et sanglant. Mes bras jusqu’au coude étaient rouge. Silence total. La première personne qui est entrée était Denis, du restaurant d’en face. Il était calme, moi aussi. On a parlé doucement, de rien. Il m’a tendu une serviette propre, je l’ai remercié… 

Voilà que tout ce temps après, le troisième individu décide de changer d’avocat à la dernière minute. Non coupable, il se dit. Non coupable d’être rentré dans un commerce cagoulé et armé, non coupable d’avoir séquestré deux innocents buveurs de bière et d’avoir battu presque à mort le tenancier de 76 ans. Non coupable d’avoir sûrement eu une enfance de merde. D’avoir un problème de dépendance. De n’avoir jamais reçu d’amour parental? 

Qu’aurait fait Bruce Willis dans une situation semblable. Eh bien il aurait sûrement chié dans son froc et aurait imploré pour sa vie. Tandis que pour nous ça continue, la vie…

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13 réflexions sur “Bruce Willis vs la réalité…

  1. Tu as une vie dangereuse, et en plus ce n’était même pas à ton boulot.
    Vu ce que tu dis à Jean-Michel, t’as déjà vécu pire que cet épisode?
    C’est Montréal qui offre une vie si trépidente?

    Désolée, ça fait beaucoup de questions d’un coup ;o)

  2. Goubli: Pire? c’est relatif. Si on peut dédramatiser la pêche aux cadavres dans la Mer Adriatique pendant la guerre en Bosnie alors non! 🙂
    Et Montréal est une grosse ville comme tant d’autres, avec ses pours et ses contres mais en général c’est assez agréable comme ville…

  3. Goubli: À moi le pouvoir de la technologie gniark gniark gniark! (rire de tyran diabolique doublé d’un écrivain fou) :o)

  4. « la pêche aux cadavres dans la Mer Adriatique pendant la guerre en Bosnie »… T’en as encore beaucoup comme ça en stock ? ‘faut mettre ça en bd…

  5. Non coupable ceux qui ont fait pareil où je travaillais, des bureaux, mais où il y avait de l’argent. Cétait il y a 8 ans, pas encore remise la Khey

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