Engagez-vous qu’ils disaient…

Il y a 19 ans aujourd’hui je quittais le domicile familial. Une chaude journée ensoleillée et sèche de juillet. Je me rappelle la dernière demi-heure avant d’embarquer dans l’Oldsmobile Firenza : Une demi-heure passée dans ma chambre, assis sur le lit à regarder cette pièce que j’avais dénudée de ses posters, de ma chaîne stéréo, de mes nombreuses cassettes. Dépouillée des BDs rangées dans des boîtes par ordre alphabétique, des objets hétéroclites en tout genre, du simple panneau de signalisation « confisqué » à la ville de Sorel-Tracy à divers instruments de musique acquis au fil des ans.

 

 

Je me rappelle avoir feuilleté rapidement, nostalgique, un Gaston Lagaffe et un Achille Talon avant de refermer la boîte et de la mettre dans le placard en attendant de savoir quand je pourrais venir la récupérer. J’étais joyeux. Habillé d’un beau pantalon beige et d’une chemise légère, vêtements très différents de mes habituels Levi’s et de mes t-shirts, j’avais également une petite valise grise, un appareil photo tout neuf, un walkman et tout le nécessaire pour un long, très long périple. J’étais joyeux et mort de peur. L’Oldsmobile m’emmènerait à l’arrêt d’autobus, qui m’emmènerait à la station Berri où un autre autobus viendrait me chercher, moi et d’autres jeunes gens pour un voyage qui dans mon cas dura 10 ans.

 

Arrivé à destination, on nous accueilli en hurlant, et en nous poussant hors de l’autobus pour nous faire aligner à l’extérieur. Nos bagages furent alors vidés de leur contenu directement sur le sol. Une fois les objets « prohibés » confisqués : briquets, couteaux, cartes, alcool, on nous fit courir à un amphithéâtre ou l’on écouta crier un affreux petit gnome moustachu que nous allions apprendre à aimer et à appeler affectueusement « Mon Adjudant »…

 

Le lendemain, après une nuit de deux heures, on m’a rasé la tête et photographié avec un numéro sous le menton. Je faisais maintenant parti de la famille…

 

Trois jours auparavant, j’étais à Baie-St-Paul avec mon Cousin Jean-Philippe en train de vivre les derniers jours de mon statut d’homme libre. J’étais conscient que la fin de ce qui constituait mon univers était venue. Cet univers allait s’étendre de façon exponentielle et s’étendre même au-delà des océans.

 

Et en quittant Baie-St-Paul Avec JP, dans sa Hyundai Pony, à la radio, un air de Pink Floyd :

 

On the turning away
From the pale and downtrodden
And the words they say
Which we wont understand
Dont accept that whats happening
Is just a case of others suffering
Or youll find that youre joining in
The turning away

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3 réflexions sur “Engagez-vous qu’ils disaient…

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