Le scaphandrier…

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Ce matin, je suis sorti de chez moi et me suis dirigé vers le parc sans nom sur Hochelaga, près de la station Joliette.

 

Étrangement, ce parc est le seul à ma connaissance dont les arbres sont encore feuillus à ce temps de l’année. Les essences de peupliers et d’érables centenaires sont prédominantes dans ce modeste quadrilatère de verdure. Quelques bancs mal entretenus comme des épaves pour fessiers sont parsemés un peu n’importe comment. Les chemins asphaltés forment un parcours qui mène nulle-part. On se demande à quoi les urbanistes ont pensé mais en même temps ça rend le parc unique en son genre.

 

La première fois que je m’y suis rendu, il pleuvait, c’était en août et j’avais été étonné par la densité de la verdure. Un vert si sombre qu’il devenait noir aux premiers instants du crépuscule. Accompagné encore une fois par Pat (Metheny) je m’y suis arrêté pour faire mon grand ménage intérieur.

 

Tout d’abord j’ai ouvert ma boîte crânienne et j’ai tiré bien fort sur mon cerveau en prenant soin de ne pas perforer le cortex de mes doigts. En tirant vers le haut, j’ai pu le dégager aisément suivi du cervelet et du cordon médullaire. En le prenant à la base du cordon, je l’ai frappé à quelques reprises sur un arbre afin de bien le dépoussiérer. Vous devriez voir la quantité hallucinante de poussière que peut contenir un cerveau encrassé! Le nuage qui s’en est dégagé au premier coup me fit tousser comme un charbonnier.  Un passant, surpris de me voir agir ainsi, m’imita après quelques minutes. Une fois terminé et après un « thumbs up » dans ma direction il continua son chemin l’air léger et serein.

 

Une fois la tâche accomplie j’ai remballé le tout en prenant soin d’éviter les plis (car ça peut avoir de fâcheuses conséquences). J’ai ensuite ouvert ma cage thoracique, opprimée par une boule en plein centre dont j’ignore la nature.

 

À première vue, cette masse située entre les poumons et le diaphragme semblait étrangère à mon corps. Compacte, dure et noire, elle ressemblait plus à une de ces bombes dans les films muets, quand le piano s’emballe et que le méchant moustachu en redingote s’apprête à commettre quelque chose d’odieux. Je l’ai retirée doucement.

 

Après un bref examen du bout du pied, je l’envoyai au bout du parc avec l’un de mes fameux bottés d’envoi que je réserve d’habitude aux sacs à ordures de mes adorables voisins/junkies ou aux postérieurs virtuels de ceux qui ont la fâcheuse habitude de me faire sortir de mes gonds. De toute évidence, je n’ai pas besoin de cette boule car je me sens déjà mieux.

 

Quel bonheur, je respire à nouveau. Non mais j’avais l’impression de vivre en apnée.

 

En levant les yeux vers le pâle soleil de novembre, j’eus droit à un bienfaisant rayon qui de sa timide chaleur, vint répondre à la question que je me posais depuis bien longtemps: Oui, je suis vivant!..

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