La course – Deuxième partie et fin…

.

Première partie

 

 

 

Alors qu’Henriette prenait un bain de foule et dédicaçait des feuillets paroissiaux, Pierrette écoutait les derniers conseils de son entraîneur :

 

           Espère pas qu’à va t’laisser des chances la torrieuse! Va fallouère que tu   dégidine en torpinouche!!!!

 

Elle alluma une autre cigarette à la menthe et récita à haute voix trois paters omettant les voyelles afin de surprendre une Henriette qui la regardait du coin de l’œil.

 

          NtrPrqtsxcx, Qtnnmstsnctf, qtnrgnvnn, qtvlntstftssrltrrcmmcl…

 

Ce que tous prirent pour une toux sèche ne laissa pas de doute dans l’esprit d’Henriette qui s’approcha pour saluer sa rivale.

 

          Mme Bournival. Fit-elle sèchement.

          Mme Jasmin, belle journée pour étendre sur la corde…

 

Il avait été établi que pour les circonstances, il suffirait que d’une prière par marche, soit le Credo, le Pater, l’Ave Maria et le Gloria Patri. Ensuite le chapelet se réciterait comme à l’habitude : Un Pater pour dix Ave Maria pour un total de cinq mystères; soit un chapelet au complet. Le départ allait être donné  à 15h00 par Monseigneur Turcotte en personne. Les paris étaient ouverts. La grogne régnait déjà au sein des participantes. Toutes sauf Henriette avaient été reléguées à la distance réglementaire de 10 mètres de la première marche, la Ste-Gudule. Fournissant l’archevêché au grand complet en ustensiles et en services divers, son frère Réjean lui avait obtenu un départ privilégié. De son côté, Pierrette avait pu se hisser aux premiers rangs en prétendant chercher dans les participantes, une certaine Ginette.

 

Quelques secondes avant le départ, une rutilante Cadillac noire arriva en klaxonnant et séparant la foule comme Moïse séparant les eaux. Les portières s’ouvrirent pour laisser sortir une dizaine de religieuses toutes vêtues de gris de la tête aux pieds. La foule tout à coup silencieuse reconnut Sœur Marie-Rose de L’incarnation, jadis Germaine St-Cyr, une athlète à part entière et une bigote invétérée. Henriette jura en silence. Pierrette poussa un puissant « tabernacle » qui fit sourciller Monseigneur Turcotte. On se rua vers le comptoir des paris pour un ajustement de dernière minute.  Étrangement, Octave Cournoyer, le premier à dénoncer les paris était aussi le premier au comptoir.

 

Pendant ce remue-ménage, les sœurs s’affairaient autour de leur championne. Elle allait participer à la course en uniforme, sauf pour un ajout : une paire de lunettes sport de marque Oakley.

 

Et ce fut le départ.

 

Henriette avait à peine entamé son Credo qu’elle se fit dépasser par Sœur Marie-Rose de L’incarnation qui débuta directement avec un Pater. Furieuse, Henriette décida de tricher aussi et passa directement au Gloria Patri. Un coup de sifflet fût donné par Gustave Painchaud, Henriette dû reculer d’une marche pour sa tricherie.

 

Pierrette passa à côté d’elle et ne pût s’empêcher de glousser de plaisir. Tout se passait come prévu pour les participantes sauf pour Henriette qui avait perdu le fil. Elle tenta tant bien que mal de recouvrir le terrain perdu mais Sœur Marie-Rose et Pierrette Bournival avaient une sérieuse longueur d’avance. Elle était en troisième position mais la course en était qu’à son commencement.

 

Vers la St-Cuthbert (73ième), Pierrette commençait à montrer quelques signes de fatigue. Sœur Marie-Rose était loin devant et Henriette la talonnait de près. Sœur Marie-Rose, comme un train à vapeur, conservait un rythme effarant. Elle était de loin, la mieux entraînée pour l’épreuve, de toute évidence. Elle priait à une vitesse folle et chaque marche montée à genou la rapprochait d’une victoire facile.

 

Par mégarde (après enquête du clergé), Pierrette mis le genou sur sa croix et son chapelet se rompit. Elle réussit à minimiser les dégâts en rattrapant les deux extrémités du chapelet rompu. Seul, une perle d’Ave Maria lui échappa pour rebondir sur les marches pour finir sa course dans le gosier grand ouvert d’une Henriette qui cherchait son souffle.

 

Henriette, devenue bleue, tomba par en arrière et déboula les soixante-dix marches, inanimée.

 

Monseigneur Turcotte, fit arrêter la course. La foule était massée autour de Gontran qui agenouillé, serrait Henriette en pleurant à chaudes larmes. Gustave Painchaud entonna un requiem malgré les regards courroucés de certains. Tenant sa note trop longtemps pour amadouer Madame Beauchemin, il manqua d’oxygène et eut un malaise vagal. Son crâne dégarni alla frapper le sternum d’Henriette qui cracha la perle et l’envoya dans l’œil d’Octave Cournoyer affairé à regarder sa généreuse poitrine de trop près.

 

Il est difficile de définir les cris si différents tous poussés au même moment : Gontran qui criait au miracle, la foule qui criait de joie, M. Cournoyer qui criait de douleur. On aurait dit un point d’orgue dans une chorale dopée au LSD.

 

Une fois le calme rétabli et Henriette sur pied, Monseigneur Turcotte déclara Sœur Marie-Rose de l’Incarnation, grande gagnante de l’épreuve de montée des marches de l’Oratoire à genou. Pierrette, en deuxième position, fut arrêtée et questionnée au sujet du bris soudain de son chapelet. Elle reçut des excuses plusieurs mois plus tard ainsi qu’un trophée après que des tests de dopage eussent révélé des traces d’éphédrine dans les urines de Sœur Marie-Rose…

 

Elle en fit un cendrier….

 

 

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3 réflexions sur “La course – Deuxième partie et fin…

  1. Hé hé, excellent et bien écrit, quelle histoire et quels personnages! J’y repenserai dès que je verrai Mgr Turcotte à la télé! 🙂

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