En mouvement…

pour V. Brissaud

Je marche. Je marche souvent et longtemps. Je marche le matin, le soir. Je suis toujours en mouvement. Où est-ce que c’est le contraire? Serait-ce plutôt le paysage qui défile alors que je suis  géostationnaire? Je sens mon corps bouger dans l’espace, mes jambes qui effectuent un mouvement répété, mes sens qui s’activent, mon oreille interne qui fonctionne à pleine capacité. Je sens les petits bonshommes alimentant les chaudières qui me propulsent, sur la cadence effrénée d’un impitoyable mamelouk.

Mais est-ce que tout ça est réel?

Je m’explique : Lorsque je marche à ma vitesse de croisière (je l’évalue aux environs de 6.3 km/h), mon corps m’envoie des messages tellement rapidement qu’il semble que je flotte au dessus du bitume sans le moindre effort. Mes jambes travaillent à la vitesse des ailes du colibri tandis que le reste de mon corps va à une vitesse urbaine, tranquille, pépère.

Je dépasse les gens, parfois et même souvent le trafic de la rue Sherbrooke (entre Papineau et University, ah j’ai oublié de dire que je marche loin!) qui semble plus près de l’embâcle que de la débâcle. Je dépasse les livreurs, les poussettes, les étudiants aux gros écouteurs, les petites madames hyperactives en tenue de ville et espadrilles, les itinérants pousseurs de paniers d’épicerie, les skateboards avec ou sans passagers, les unijambistes, les chiens avec ou sans maîtres, les jolies filles (parfois je les suis discrètement mais je finis toujours par les dépasser). Je ne me retourne jamais, trop dangereux à ma vitesse. Je n’ai pas le temps de toute manière car la première chose que je sais, je suis rendu à destination.

Maison-bureau-bureau-maison, toujours. Parfois, il semble y avoir une période plus longue qui s’installe de manière ponctuelle. On m’a parlé que ça pouvait s’appeler soir ou encore ouikende mais cette notion ne m’est pas encore familière.

Parfois je risque de me croiser sur la rue. Il ne vous est jamais arrivé de vous voir sur la rue? La première fois remonte à environ 25 ans. J’étais sur le bord du Richelieu avec mon fidèle vélo Raleigh blanc et bleu lorsque j’ai vu sur le pont Turcotte, un jeune homme à vélo (le même!) qui me ressemblait sur tous les points : gabarit, coupe de cheveux, tenue vestimentaire comprise (mais pas les vêtements que je portais ce jour là). J’ai ri et je me suis dit que j’allais tellement vite que je pouvais être à deux endroits à la fois.

J’ai trouvé ça moins drôle lorsque quelques années plus tard, dans une ville différente, je me suis revu au volant d’une voiture, la même que je conduisais à l’époque alors que j’étais en train de marcher tranquillement sur le trottoir.

Aujourd’hui encore, il y avait quelqu’un qui marchait devant moi. Ma silhouette, ma tenue vestimentaire, mes fringues et ma démarche un peu comme celle d’un manchot trop porté sur la bouteille.

J’ai bien essayé de le rattraper, sans succès. J’ai crié mon nom, mais il allait plus vite que moi. M’est-il possible d’être à deux endroits à la fois sans être capable de me « rejoindre ». C’est un jeu de mot facile me direz vous mais je crois que je devrais ralentir un peu.

En quelque sorte pour éviter ce phénomène que j’appellerai ici tout bonnement ma vitesse de croise-hier.

🙂

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2 réflexions sur “En mouvement…

  1. J’ai beau te chercher autour de moi, surtout les jours ou le ciel est alourdi de ces nuages bleu-pétrole informes, je ne t’y vois jamais. Je reste pourtant persuadé que nous vivons dans des dimensions assez proches malgré la distance.
    Je persévérerai. (pas facile à lire ce dernier)

    -Julie-

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