Aquanaute…

Je me suis approché de la berge sablonneuse parsemée de pierres arrondies.   J’ai pris une grande respiration avant de m’avancer lentement sous l’édredon de ses vaguelettes.  J’avance alors en retenant mon souffle jusqu’à l’immersion des parties plus sensibles de mon anatomie.  Un bref mais ô combien puissant frisson me traverse alors de part et d’autre, je suis coupé en deux par un fil à fromage glacé au niveau de la taille.  Mes pieds disparaissent dans la vase alors que mes jambes, paraissent brunir au fur et à mesure que mon regard se dirige vers les profondeurs limoneuses et ferreuses.

Quelques pas de plus et mes épaules s’enfoncent sous l’onde glacée et turbulente.  Je suis bien.  Je renverse ma tête et m’auto-baptise.  Le soleil comme seul témoin, me caresse le cuir chevelu de sa paume brûlante.  Le soleil comme parrain, je ne fais plus qu’un avec cette nature.  Je suis la rivière.

J’avance dans les remous tout en remontant le courant.  Une fois que l’eau atteint à nouveau ma taille, je me penche vers l’avant et plonge mes mains jointes dans l’eau jusqu’à mes épaules.  Toujours debout mais luttant contre le courant si puissant, je dessine des arabesques en laissant au courant le soin de tracer la toile.  On a tous fait cela à un moment ou un autre de notre jeunesse:  se sortir le bras de la voiture et balancer sa main au gré du vent comme un surf aérien.  C’est pareil dans l’onde.

Mes bras deviennent des saumons, je les suis des yeux.  Ils ne s’éloignent pas mais j’ai l’impression d’avancer avec eux à une vitesse prodigieuse.  La crue de la veille accentue la force brute des remous.  J’ancre mes pieds solidement entre les cailloux glissants et me penche doucement vers l’avant tel un athlète qui effectue un saut à ski.  Je conserve cette position quelques instants.  Je fixe l’eau brunâtre qui défile autour de moi à une allure virtigineuse.  Je suis en transe, je suis hypnotisé par l’eau, par la vitesse, par le froid, par le soleil qui fouette ma nuque.  Je suis tel un hors-bord à pleine puissance, les émissions en moins.

Je me redresse et j’ouvre les bras.  Je dis merci, simplement.  Je ne prie jamais, je me contente de remercier cette force plus grande que nature qui nous entoure.  Des kayakistes à l’air curieux passent et m’observent, moi la bouée, la croix de chemin en plein milieu d’une rivière.  Après un bref moment je me jette sur le dos et me laisse porter par le courant qui me malmène et qui fini par me rendre à la berge un peu secoué mais satisfait.  Je ne suis pas un très bon nageur mais j’ai appris à flotter dans la marine.

Je flotte bien, c’est l’essentiel…

en souvenir du 10 juillet 2010

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