Road trip…

Actuellement géostationnaire, je me repose entre deux ouragans. Le début de l’été est bienfaisant. La météo collabore et nous innonde de soleil, de chaleur et d’orages de fin de soirée. Quel bonheur.

Quand je ne bouge pas, quand je ne suis pas sur la route, je vieillis. Les voyages forment la jeunesse, j’en suis de plus en plus convaincu. Lorsque je suis en mouvement et que je me dirige d’un point à l’autre, le temps ne suit pas. Il s’arrête et attend que je sois arrivé pour repartir. Comme un pilote interstellaire voyageant à la vitesse de la lumière. Je deviens lumière et j’apparais au point B à la surprise de tous.

Parfois je m’attarde, je deviens un touriste. Je flâne et rôde en scrutant des yeux le moindre détail de mon entourage. Pour mieux repartir, pour pouvoir dire que j’ai vu une chose ou l’autre : pour avoir quelque chose à raconter, pour dire que j’ai voyagé.

Je deviens un motel cheap, une halte routière peu entretenue, une cantine onéreuse ou un café froid. Peu importe.

Partir et brûler de l’énergie fossile pour narguer la routine, pour simplement enjoliver la vie. Partir pour retrouver des souvenirs, pour retrouver une partie de ma jeunesse…

Psychologie de cuisine…

J’ai eu droit à un amour maternel purement inconditionnel. Je crois avoir posé les pieds sur le sol pour la première fois aux alentours de mes cinq ans. Le peu de pilosité sur mes joues est la conséquence directe de la faramineuse quantité de ses doux baisers reçus lors de mon enfance.

 

Elle a toujours été là pour nous. Elle l’est toujours d’ailleurs. Elle nous accueille toujours avec pur bonheur et nous gâte par ses petites attentions et ses bons petits plats.

 

Récemment, quelqu’un de cher à mes yeux a porté à mon attention le fait suivant : Les plats avec lesquels nous sommes reçus ont tous une similitude à première vue aussi étrange que farfelue : ils sont tous constitués de boulettes. Spaghettis boulettes de viande, ragoût de boulettes, tous ces plats portent la même signature sphérique. Vous allez sans doute me dire qu’il s’agit là de deux repas isolés et donc d’une simple coïncidence? Sûrement pas. Surtout qu’on a eu droit à deux fois du spaghetti dans une assez courte période de temps.

 

Voyons-donc, pourquoi nous offrir un poulet à la King, ou un rôti de veau sauce aux champignons alors que les boulettes sont par elles même une éloquente façon de dire qu’on nous aime?

 

La boulette est un concentré d’herbes aromatiques, de légumes finement hachés et de viande. Il faut la pétrir et lui donner la forme voulue tout en équilibrant bien les ingrédients afin de leur donner la saveur recherchée dans toute sa subtilité. Un peu trop de clou de girofle et ça devient rapidement un cauchemar! On parle donc ici de recherche, de préparation, de travail supplémentaire et d’attention particulière. Et ces boulettes sont présentées dans une sauce aussi divine que peut l’être l’œuvre de Bach pour une oreille avertie.

 

Et en quoi ces boulettes sont elles la verve même de l’amour?

 

Elles sont tout simplement la métaphore du cheminement d’un être, poussé comme un frêle esquif par le vent maternel sur l’océan de l’enfance.

 

Tous les sacrifices, le travail, le miasme des couches pleines, les nuits blanches à soigner une fièvre ou à apporter un verre d’eau à un enfant qui a plus peur de la noirceur de sa chambre qu’il est sur le point de se déshydrater, toute cette énergie concentrée sur un être, sur un point, tout cet amour concentré en une… boulette.

 

Donc, lorsque l’on s’assied à table, le souvenir d’une enfance magique nous revient sous la forme de ces petites sphères délicieuses… Une façon subtile pour nous dire que nous sommes toujours le centre de son univers et qu’elle est toujours là pour nous…

 

(Si vous vous questionnez sur le fondement et la pertinence de ce texte, prière de relire le titre de ce blog)