Si doucement…

J’ai prié le temps de me raconter
S’il y avait du bon feu de ton côté
Je me souviens, un peu, d’une autre année
On était bien, tous deux, à tout se donner
Puis la peur m’est revenue
Tout le long d’une avenue
Juste un peu plus loin encore
J’y arrive ou je m’endors
Au seuil du dernier jour
Celui qui l’on vit tous les jours
En se demandant pourquoi
Comment et pour qui l’on voit
Si doucement
Si lentement
Je pense à toi
Encore une fois
Au silence, je transforme
Mon âme en plusieurs formes
Et au son je m’énivre
En mon corps se délivre
Si doucement…
Puis je reviens me rassoir
Et me trouver une autre histoire
J’irai rêver jusqu’à demain
Pour mieux suivre le chemin

 

S. Fiori

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Tout doucement…

L’hiver me va bien cette année.  Le temps passe, sans presse mais sans traîner les pieds.  Chaque bouffée de rue Sherbrooke renforcit mon système immunitaire.  Le rhume me fuit comme la peste.  Mes lunettes me gèlent sur le nez qui lui me procure, par sa majesté, l’avantage indéniable de pourvoir me moucher sans enlever mes gants.  Je marche, comme toujours dos à la face du vent.

Tout doucement la vie s’écoule.  Les premières semaines de l’héritier, dans son cocon/forteresse/wifi semblent s’écouler à la même vitesse.  Facile à dire de l’extérieur mais il s’en passe des choses là dedans.  La maman sourit, c’est l’essentiel. Et moi, je souris en retour, à la chose merveilleuse qu’est la vie.

La vie…

Une légère neige tombe sur Montréal.  Dans le trafic matinal du boulevard Décarie et la grisaille du matin j’ai l’impression de flotter au dessus des voitures.  Joie, anxiété et fébrilité au rendez-vous.  Je vais te voir pour la première fois.  Petit être que je ne connais pas mais qui me ressemble. Comme un reflet dans le miroir de ma propre existence.  Un petit passager comme dit si bien celle qui partage mon bonheur et la lourde et gratifiante tâche de te porter.

Arrivés à 07h15 à la clinique, on se serait cru à l’intérieur d’un cétacé.   Toute de verre, de granit et de métaux aux formes arrondies, les parois froides de la clinique et ses corridors sinueux peints rouge sang nous donnaient cette drôle d’impression.

La réceptionniste, femme ronde aux grosses lunettes et à l’accent indéfinissable nous envoya un «  Bravo! » suite à la prise de nos coordonnées et un « Très bien! » en guise de réponse à nos salutations.  Là, j’étais certain qu’on avait affaire à des extraterrestres venus recueillir des données sur notre bagage génétique.  Banque de cellules souches et cordon ombilical surgelé en prime.  La situation est déjà assez surréaliste comme ça!

Quelques instants après, à la première image de l’échographie sur laquelle nous t’avons vu gigoter, nous sommes tombés amoureux.  Les yeux pleins d’eau, le cœur gonflé d’un sentiment indéfinissable et nouveau, nous t’avons rencontré.  Les commentaires scientifiques de l’infirmière ne parvenaient plus clairement à mes oreilles.  Mon attention était portée sur toi et sur ta maman émue qui me tenait la main.  Nous avons entendu ton petit coeur battre pour la première fois.

Battre pour vivre, battre pour les parents dévoués que nous nous sommes jurés d’être.

Je croyais ma vie remplie.  Je croyais que j’étais rendu à un point de mon existence ou tout est logique et à sa place.  Voilà que tu arrives et que tu abats toutes mes défenses et remet en question tous mes principes sans même en avoir conscience.

Je n’ai pas vécu avant toi.

Je me suis préparé tout au plus, à être quelqu’un de bien.  Quelqu’un qui pourra t’offrir la stabilité, le confort et l’affection nécessaire à ton épanouissement.  Toi l’être neuf, la jeune pousse fragile, je reste qui je suis mais dorénavant j’ai l’infini de tes rêves futurs devant moi.

Je t’aime, déjà.